LE LAC DE MISL'RINA I4I
hôtels déserts subsistent à peu près, car ils appartiennent à des banquiers de Vienne et représentent des millions que les Autrichiens s'abstiennent d'anéantir; là encore, cette étrange impression de voir la guerre atroce courir au travers de ces fumoirs, de ces kiosques, de ces terrasses, de toutes ces promenades étiquetées par les sociétés d'excursions.
Il est aisé de transcrire d'après les communiqués officiels qu'en Cadore furent conquis le haut Cordevole jusqu'à Cherz, et la conque de Cortina di Ampezzo, avec les massifs de la Tofana et du Cristallo; que parla fut interceptée la route importante des Alpes dolomitiques, construite par l'Autriche pour abréger les communications entre Toblach et Trente; qu'en outre les Italiens ont poussé des pointes d'occu-
pation menaçantes dans les hautes vallées de Rienz et de Sexten, à peu de distance de la grande voie de communication autrichienne de la Val Drava.
Pour le savoir, vous n'avez pas besoin que personne aille se promener là-bas; ce que vous attendez de celui qui s'est renseigné sur place, c'est qu'il vous donne une idée des efforts italiens, un écho, une couleur de « l'Alpe homicide ».
Mais d'abord je m'excuse de venir auprès de ces grandes beautés, sans dégager leurs âmes, sans donner une voix à l'attachement que toujours elles montrèrent pour la République vénitienne. Je devrais marcher dans ces montagnes en chantant les hymnes que leur dédièrent Annunzio et Carducci.
Et puis leur chaos, vous l'ai-je fait