LE LAC DE MISURINA . I
voir?-* Il y a là des sillons dans lesquels le soleil d'été ne descend que quelques heures, des sillons où l'hiver est éternel aussi bien que sur ces hauteurs dont les glaces ne fondent jamais. Comment suivre les soldats dans ce labyrinthe, dans ces milliers de plissements où des routes muletières, des sentiers grimpent et cherchent un débouché sur les plateaux de la haute montagne et parfois jusqu'aux glaciers ?
La guerre se noue de vallon à vallon, se prolonge dans les cols, se disperse, se fait guérilla, s'éparpille en actions individuelles, s'achève en duels sans témoin. Dans ce chaos peuvent seuls combattre des hommes connaissant à fond la montagne. L'Autriche emploie des contrebandiers et des chasseurs de chamois. Les chefs italiens
savent à l'occasion constituer des équipes d'extraordinaires alpinistes.
Le caractère hasardeux de cette guerre séduit, dit-on, l'esprit d'aventure des soldats, à la manière de la guerre aérienne; en tout cas, il frappe beaucoup Timagination italienne. Les luttes sur la Tofana sont célèbres.
Singulière impression de voir dans ces hôtels désaffectés de Cortina, de Misurina ou des Tre Croci, le registre d'honneur où s'inscrivaient les touristes qui avaient fait l'ascension de la Tofana, et d'apprendre que maintenant là-haut, sur ce mont magnifique, à 3.400 mètres, les soldats italiens ont hissé une pièce de 65 ! On voudrait savoir les détails. Il y a toute une littérature, tout un commencement de folklore sur cette prodigieuse guérilla de patrouilles, dans ce chaos de rochers