LE CONCERT CHEZ LE POETE
bonheur de soigner un père poète et soldat.
De la pièce voisine, la musique s'élève et remplit de rêve le petit palais. Ce sont d'excellents artistes, ces soldats triés par leurs chefs dans les batteries du Lido, et ils jouent de toute leur âme pour enchanter la souffrance du maître qu'ils admirent.
Écoutons, regardons ; c'est là sous nos veux, tout vivant, un de ces tableaux que le grand art aime à prendre pour thème. Dans la ville où Giorgione peignit le Concert champêt?-e, j'assiste au concert pour le héros : Annunzio, étonnamment jeune, pâle et faible, reçoit avec son sourire toujours égal l'amitié de ses hôtes ; sa fille, au visage doux et profond, n'a de regard et de pensée que pour le blessé vénéré: auprès d'elle, une amie de son âge. lui
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tient la main dans un geste de sympathie comme pour la rassurer, et une troisième jeune femme agenouillée par terre, assise sur ses talons, le regard perdu, écoute avec avidité la musique, réalisant ainsi le type classique d'une sainte Cécile.
Je me penchai vers le poète : « Annunzio, vous rappelez-vous ce grand vers de Hugo : « Homme, Thèbe éternelle, en proie aux Amphions ! »
Pourquoi cette réminiscence ? C'est que sous l'action de la musique je venais de voir dans le prolongement de cette chambre toutes les salles de verdure, tous les boudoirs, tous les jardins, toutes les retraites de la volupté et de la nostalgie, peintes par le Tasse et rArioste,ou rêvées parla race italienne, et puis, dans le même moment, sous un coup plus grave de l'archet, m'était