LE CONCERT CHEZ LE POETE
réapparuc la cave d'Ablain-Saint-Nazaire, telle qu'ici même je l'ai décrite jadis, où des soldats de France, dans une obscurité qui m'empêchait de distinguer leurs figures, jouaient des morceaux grandioses de Bach tandis que le bombardement ravageait sur eux le village.
O France plus janséniste, Italie plus païenne I II faut apprendre à connaître et à respecter les diverses espèces d êtres nobles qu'il y a de par le monde, et c'est encore une forme du courage chez Annunzio que cette fidélité à sa nature et que cette volonté de s'envelopper toujours d'une atmosphère précieuse et rare.
Après le concert, Annunzio et moi, demeurés seuls, nous avons causé indéfiniment de son rôle, de la guerre et des choses d'art. Longuement, il m'a
lyO DIX JOURS EN ITALIE
raconté les préparations, les difficultés, les angoisses, le triomphe de sa propagande, et ce grand artiste savant comparait ses harangues pour la résurrection latine aux discours des tribuns italiens du treizième siècle.
Réunissant notre expérience, nous sommes d'accord, tous deux, pour considérer que dans nos deux pays la nation, à cette heure, c'est l'armée, et que chacun, à l'arrière, vaut dans la mesure où il se raccorde aux soldats.
Puis le poète me parla des dictées ou des écrits à tâtons qui furent l'œuvre de ses insomnies (de sa fièvre, peut-être de ses délires) et qu'il va publier sous le titre de Nocturnes.
— J'ai dû, me dit-il, inventer une nouvelle manière, appropriée à mon état. Jusqu'alors, j'étais habitué à voir