ETAPES DE L AMITIE FRANCO-ITALIENNE I I
l'armée, mise en état de la défense nationale, revendication des frontières naturelles et des provinces irredente.
Un Français arrive à Rome et voici qu'il soulève l'enthousiasme. Quel signe d'un nouvel état des esprits ! Le 7 avril 191 5, le général Pau visitant le Forum, l'illustre archéologue Boni lui présente un bouquet de lauriers romains et de roses « France » poussés dans cette terre glorieuse. En vain la force allemande et ses manœuvres troublent quelques Italiens; le roi et le ministère en appellent à la nation.
Soulevées à la voix de Gabriele d'Annunzio, les foules de Rome, de Milan, de Gènes, de vingt autres villes, demandent à prendre leur place pour le combat, selon l'honneur et selon le droit. Dans la lumière dorée du printemps romain, à l'ombre des lauriers.
le peuple réclame la guerre, et les cortèges immenses du Capitole et du Pincio entraînent Tltalie entière. Les pompes qui se déroulent donnent à la décision virile d'un peuple un caractère d'indicible beauté.
La guerre nationale commence. Dès l'abord, les armées portent leur élan au delà des frontières, s'assurent les passages et les cols dans les hautes montagnes, et pressentvigoureusement les positions autrichiennes de l'Isonzo et du Carso. La parole première de Gabriele d'Annunzio continue de mûrir : En vérité, avait-il dit plusieurs mois déjà avant sa rentrée en Italie, notre tâche est bien plus sévère que d'achever l agonie du vautour. Sans doute, « le vieux pontife armé de la liberté latine », celui que les volontaires des Vosges dressèrent sur son
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cheval pour la dernière fois, attend au cœur 7nême de Trente la libératrice, assis à lombre de la statue redoutable... Mais bien plus généreuse est la tâche de « celle dont la vie crût avec la libre vie de r homme, et dépérit avec sa ruine ». Il faut que par une action plus éclatante elle mérite d'entrer, avec les rudes chevaux de ses Maremmes et toutes ses belles bannières déployées, dans les villes itJipériales, quand le triomphe des nations sur la horde sera célébré... » Et le jour même où la déclaration de guerre éclatait dans la Ville enfiévrée, il m'avait télégraphié : « Nous avions deux patries, et, ce sotr, nous en avons une seule, qui va de la Flandre française à la mer de Sicile. » C'était proclamer l'unité de front.
De mois en mois, on s'y achemine.
Un progrès continu manifeste claire-
ment l'opposition foncière entre l'Italie et l'Allemagne. La solidarité croissante contre l'adversaire commun, l'union toujours plus étroite à réaliser dans tous les ordres de l'activité, voilà les vérités qui s'imposent à tous dans l'Italie en guerre.
« L'Allemagne s est déshonorée à jamais ; après la paix, elle portera le poids de sa défaite morale », déclare le Corriere délia Sera. «. L'ennemi^ affirme M. Sonnino dans un retentissant discours, a manqué sous Verdun ce qui était le but principal de son assaut par surprise; il n'est pas parvenu à provoquer en France, ni dans les pays alliés et neutres, un seul mouvement de dépression et de découragement. » Luzzatti s'écrie : « Amis, anciens et dévoués, adversaires acharnés, tous aux fours, de Verdun ont senti
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grandir ou safferinir leur admiration pour la France. » Et dans un commentaire des plus significatifs, le Secolo écrit : « La parole de Sonnino marque un progrès sensible de l Italie dans la voie de l'union avec ses alliés. Tout d'abord lltalie a refusé de s'associer à l'agression des Empires centraux. Puis elle a revendiqué son droit à ses territoires « irredcnti ».
prenant ses armes pour assurer S2s frontières. Elle en est venue maintenant à une guerre de solidarité avec l'Europe qui se déjend contre le péril allemand. » Voilà l'exposé presque officiel de la façon dont l'Italie considère non pas sa guerre, mais la guerre.
C'est le sentiment de la nationalité italienne qui monte à la surface, brise les liens du passé et dépossède de leurs.
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arguments les représentants des anciennes habiletés.
Il existe en Italie un parti neuf, ardent et savant, qui compte peu de représentants à la Chambre, mais rallie dans le pays la plus belle jeunesse. Sa pensée vaut comme une force d'avenir.
C'est le parti nationaliste. Il prétend — nous ne prenons pas cette opinion à notre compte — que la place de l'Italie dans l'Entente a été jusqu'ici secondaire, et sans plus tarder, il veut que l'Italie déclare la guerre à l'Allemagne :
« Et ce n'est pas une déclaration platonique de guerre qu'il nous faut; elle ne changerait rien à la situation. L'essentiel est que l'Italie soit présente, et dignement présente avec des forces suffisantes pour la tâche et pour notre rang, partout où l'Entente voudra porter à l'Allemagne le coup décisif : en