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fois une autorité politique ou administrative très grandes. Un épisode de la seconde moitié du troisième siècle en donne un curieux exemple. Le rhéteur chrétien Anatole, célèbre dans Alexandrie par sa science, était président du sénat de cette grande ville, au monent où elle se révolta contre l’empereur Gallien. Aidé d’un autre chrétien, Eusèbe, il offrit sa médiation entre ses concitoyens révoltés et l'armée du prince légitime. A sa prière, le général qui commandait celle-ci accorda un sauf-conduit aux femmes, aux enfants et aux vieillards qui voudraient sortir de la ville assiégée. Revêtus d’habits de femmes, tous les chrétiens et beaucoup de païens s’échappèrent de la sorte, sous le regard complice des soldats romains, qui fermaient probablement les yeux sur l’étrangeté des déguisements. Peu à peu, grâce à l'influence d’Anatole et d'Eusèbe, la résistance cessa, le chef de la rebellion prit la fuite, et, par une capitulation honorable, la métropole égyptienne échappa au blocus et à la famine. Les deux généreux chrétiens auxquels elle dut son salut devinrent plus tard évêques ‘.
Telle était déjà l'importance acquise par l'aristocratie chrétienne non seulement à Rome, mais aussi dans les provinces, longtempsavantlafin des persécutions?.
4. Eusèbe, Hist. eccl., VII, 32. — Un autre chrétien, Eugène, qui devint aussi évêque, était lils d'un sénateur, et avait épousé une jeune fille de famille sénatoriale. 11 remplit en Pisidie des fonctions administratives. Son épitaphe, rédigée par lui-même, nous apprend qu'il confessa la foi au milieu des tourments, devant le gouverneur Diogène, au temps de Maximin Daia, puis réussit à faire accepter sa démission. Élu évêque de Laodicée, il y vécut vingt-cinq ans, et rebätit l’église abattue pendant la persécution. Voir le texte de l’épitaphe et son commentaire par Ms Batiffol, dans Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes, 1911, p. 25-34.
2, On consultera utilement l’article Aristocratiques (classes) du Dict. d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. I, p. 2815-2886.
Dans toute société, il est difficile de fixer la limite exacte où commence, où finit la classe moyenne, qui, d'un côté, touche à l'aristocratie, au point de se mêler avec elle, de l’autre semble se perdre dans le peuple. La difficulté est surtout grande pour la société romaine, où le monde des affaires était accaparé par les propriétaires d'esclaves, qui tenaient au moyen de ceux-ci les principales branches du négoce, laissant peu de place ou une place très infime à la petite industrie et aux petits métiers. Ce que l’on aperçoit des classes moyennes, c’est donc leur partie supérieure, les hommes voués aux professions libérales ou au grand commerce, possédant des fortunes héréditaires ou acquises, membres de la curie de leurs villes, les grands bourgeois, pour employer une expression moderne : tandis que les petits bourgeois paraissent exister si peu, qu'il est presque impossible de les reconnaître dans la masse des prolétaires. Parmi ces gens aisés, de vie active, d'esprit ouvert, le christianisme a largement pénétré.
Cela paraît dès le temps des apôtres. C'est à des personnes de cette classe que s'adresse saint Paul, quand il prêche le devoir de l’aumône‘, et indique les règles de conduite à suivre vis-à-vis des esclaves?; quand il recommande de n'avoir ni l'orgueil, ni l'amour de la richesse*; quand il trace, à propos de l'évêque, le portrait du parfait maître de maison.