‹ dix lecons sur le martyreChapitre 105 sur 201 · CO +D · texte numérisé non relu

CO +D

El

de Pergame, et venu probablement en Gaule pour faire lecommerce, estappelé par ses coreligionnaires « la colonne etl’appui denotre communauté !, » ce qui veut dire qu'il aidait celle-ci à vivre par ses aumônes et par ses bienfaits. Il y avait ainsi des chrétiens fortunés qui imitaient, au profit du culte divin et des pauvres, les largesses que tant d'inscriptions nous montrent faites par les païens à leurs villes, à leurs temples, ou aux associations dont ils étaient membres : l'Église de Rome reçut un jour d’un seul chrétien deux cent mille sesterces (cinquante mille francs?). A Carthage, les dons à la caisse ecclésiastique étaient fréquents*, et, quand éclatait une calamité imprévue, les fidèles souscrivaient généreusement‘. Lesécrits de Tertullien, de saint Cyprien, de l'auteur du De aleatoribus donnent l'impression d’un milieu où l'argent abondait, où l’aumône était facile, où les chrétiens possédaient des champs et des maisons, où quelques-uns péchaient même par amour du jeu ou par passion immodérée du luxe. Parmi les curiales, qui équivalaient à la bourgeoisie aisée des villes, beaucoup, nous apprend Tertullien, professaient le christianisme*. Les chrétiens, nous dit-il encore, étaient nombreux « au forum, » c'est-

1. Etüdov xai Édpaiwua Tv Èvraubax &el yeyovôte. Lettre des chré. tiens de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hisf, eccl., V,14, 47.

2. Tertullien, De praescr., 30. — Cechrétien était Marcion; quand il fut tombé dans l’hérésie et eut été excommunié, l'argent qu'il avait offert à l'Église lui fut rendu. — 3. Voir le traité de saint Cyprien, De opere et eleemosynis. — 4. Saint Cyprien, Ep. 60. —5. Tertullien, Apol., 37. Les curiales, an le sait, étaient responsables de l'impôt. Dans une Passion récemment découverte, le préfet d'Égypte offre à l’un deux de lui remettre ce qu'il doit au fisc, s'il veut renoncer à la foi. Le martyr répond qu’il demeurera fidèle au Christ, etque d’ailleurs il n’a point de dettes. Passio S. Dioscori, dans Analecta Bollandiana, &. XXIV, 1905, p. 329-340. — Nombreux bouleutes (membres des sénats municipaux) parmi les chétiens asiatiques ; voir plus haut, p. 31.

à-dire parmi les juges et les avocats. Lui-même en est un illustre exemple, car Tertullien, fils d'un officier romain en garnison à Carthage, paraît avoir été un jurisconsulte converti!. Un autre apologiste du même temps ?, né aussi en Afrique, mais fixé à Rome, Minucius Felix, fut un avocat distingué : il raconte que c'est lors d’une promenade faite à Ostie pendant les vacances des tribunaux, avec deux amis l’un chrétien, l’autre païen, qu'il assista à la discussion rapportée dans son dialogue l'Octapius 3... L’aisance de la composition de cet écrit, l'exquise latinité, l'absence de toute exaltation et de tout fanatisme, je dirai même la théologie un peu courte, sont bien d’un homme du monde. Un penseur chrétien d’une toute autre force, saint Cyprien, appartenait par ses origines au même milieu : il était, à Carthage, avocat en même temps que rhéteur, quand il se convertit : son premier livre le met en scène causant, pendant les vacances judiciaires, dans le jardin de sa villa avec un ami, chrétien plus tiède, qui paraît avoir exercé la même profession {. Grégoire le Thaumaturge était aussi d’une de ces bonnes familles provinciales, où les occupations du forum étaient en honneur : il avait un beau-frère assesseur du procurateur de la Judée, et lui-même allait se préparer au barreau en suivant les leçons de la

: 4. Eusèbe, Hisi. eccl., II, 4. — Voir P. de Labriolle, Tertullien jurisconsulle, dans Nouvelle revue historique de droit français et étranger, janvier-février 4906. Contre, Schlossmann, Terlullien à la lumière de la jurisprudence, dans Zeitschrift für Kirchengeschichte,t, XXI, 4906, fase. 3 et 4.

2, La question de savoir si Minucius Felix est antérieur ou postéjieur à Tertullien est controversée. +

Page 1