Saint Cyprien, Ad Donalum
faculté de droit de Béryte, quand la rencontre d'Origène changea le cours de ses idées, et le tourna vers les études de philosophie chrétienne!.
Les hommes que je viens de nommer nous font entrevoir un élément nouveau donné par les classes moyennes à l'Église. Ce sont les savants et les lettrés. Le christianisme ne s'était pas recruté tout de suite parmi les gens d'étude. Les épicuriens et les stoïciens avec lesquels saint Paul discuta à Athènes ne crurent pas à sa parole ?. Les relations de l’apôtre des gentils avec Sénèque, et la demi-conversion de ce
philosophe, sont une hypothèse que rien ne prouve à. Le mot célèbre de saint Paul aux fidèles de Corinthe : « I n'y a parmi nous ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles 4, » avait promptement cessé d'être vrai pour ces derniers : mais en ce qui concerne les « sages, » c'est-à-dire les doctes, les penseurs, il le demeura
4. Saint Grégoire le Thaumaturge, Oratio de Origene, 5; Migne, P.G., t. X. — Sur le grand nombre des chrétiens exerçant à l’époque des persécutions la profession d'avocat, voir De Rossi, dans Séudi e Documenti di Storia e dirilto, 1880, p. 14-15, et dans Bull. di archeologia cristiana, 1834-1885, p. 36-37; voir encore dom Leclercq, art. Avocats, dans Dict. d'arch. chrét. et de liturgie, t. I, p. 3248.
2, Act. apost., XII, 48.
3. Aubertin, Sénéque et saint Paul, 1869. — Il n’est pas impossible cependant,qu’une branche dela gens Annaea, à laquelle appartenaient le philosophe Sénèque et son frère M.Annaeus Gallion, proconsul d’Achaïe, ait eu, au secondsiècle, des membres chrétiens. Une épitaphe, découverte en 1867 à Ostie, a été consacrée à M. Annaeus Paülus Petrus par son père M.Annaeus Paulus. Le cognomen Petrus est absolument étranger à l'onomastique païienne; la réunion des cogromina Paulus Pelrus est tout à fait sans exemple. L’épitaphe, bien que, par une erreur dont il existe de nombreux exemples, elle porte en tête Le sigle païen D. M., ne peut être que celle d’un chrétien, composée par un autre chrétien, son père. C’est l’épitaphe soit d'un descendant chrétien des Annaei, soit d’un affranchi chrétien de cette
famille. Voir De Rossi, Bull. di archeologia cristiana, 4867, p, 6-8 et12. 4. Saint Paul, I Cor., 1, 26.
encore longtemps. Ce n’est guère qu'au second siècle qu’on les voit entrer dans l'Église. L'époque, à première vue, semble mal choisie. C'est celle où leur intérêt eût dû les tenir plus attachés au paganisme. Jamais ils ne furent aussi choyés par l’opinion pu- blique, ni aussi favorisés par les empereurs, qu’au siècle des Antonins. Les villes, les princes, rivalisaient à qui les comblerait de distinctions, de places et de profits. C’est l'apogée sociale des philosophes et des sophistes. Disons à leur honneur que c’est aussi le moment où « beaucoup d’entre eux, » comme l’écrivait à la fin du second siècle Clément d’Alexandrie, viennent au christianisme !. Dans cette classe d'hommes, le travail d'évangélisation s'est fait plus lentement que chez d’autres, parce qu'il a été plus personnel; mais il donne des fruits à l'heure même où la conversion est pour eux plus méritoire et plus désintéressée.
Ilest rare que des hommes d'étude se convertissent, sans prendre aussitôt la plume pour défendre les idées nouvelles qu'ils viennent d’embrasser. De là, au second et au troisième siècle, le grand mouvement des apologistes, c’est-à-dire des défenseurs de la foi chrétienne contre les préventions de l'opinion publique, les arguties des légistes, les attaques persistantes de la philosophie païenne. Ils furent vraiment les créateurs d’un genre littéraire nouveau, discours, dissertation,-satire, plaidoyer, dialogue, dispute tour à tour de mots et d'idées, qui produisit sans doute des œuvres inégales, mais plusieurs qui sont des chefs-d'œuvre. Presque tous les apologistes dont les