Adrov ye T@v piocégwv oùx Ô)iyous. Clément d'Alexandrie
Strom., VI, 16.
noms sont venus jusqu'à nous appartiennent au même milieu de bourgeoisie lettrée, où la vie n'était ni entraînée vers les grandes carrières politiques, ni absorbée par le souci du pain quotidien, où l’on avait des loisirs et de la liberté d'esprit : soit que, comme Tertullien, Minucius Felix, Cyprien, ils viennent de l’enseignement ou du barreau; soit que, comme Aristide, Justin, Athénagore, Pantène, Clément, ils aient passé de la philosophie à la foi. Le dernier apologiste qui ait écrit avant la fin des persécutions, Arnobe, un rhéteur converti, a résumé ainsi les diverses origines des hommes de réflexion et d'étude qui entrèrent comme lui dans l'Église à la fin du troisième siècle : « des orateurs de grand talent, des grammairiens, des rhéteurs !, des jurisconsultes, des médecins, des philosophes ont recherché ses doctrines et abandonné avec mépris celles en qui ils avaient auparavant mis leur confiance ?. »
Un mot, pour finir, sur une classe de la population dont nous n'avons pas encore parlé : les soldats. A première vue il semble que le christianisme eût
4. Un des martyrs africains de 258, Flavien, était rhéteur; il résista aux cforts de ses élèves, audilorium, pour l’arracher au supplice : peut-être est-il l'auteur de la première partie de la Passio SS. MHontani, Lucii et aliorum, qui est rédigée en forme de lettres ou de mémoires. Voir Monceaux, Histoire litéraire de l'Afrique chrétienne, t. II, 1902, p. 165-178.
2. Tan magnis ingeniis præditi oratores, grammatici, rhetores, consulli juris ac medici, philosophiae etiam secreta rimantes magisteria, haec expetunt, spretis quibus paulo ante fidebant. Arnobe, Adv. nationes, 11,55, — Parmi les médecins convertis, on trouve à Lyon, dès 477, Alexandre, originaire de Phrygie et martyr (Eusèbe, Hist. eccl., N,1, 45). En Phrygie, un méme chrétien bouleute et médecin; F. Cumont, Les inscriptions chrétiennes d'Asie Mineure, n° 162,
dù se répandre difficilement dans les armées. Entre la vie des camps et la vie chrétienne, on croirait voir un abime. Quelques rigoristes, et parmi eux des hommes aussi considérables que Tertullien ou Lactance !, en jugèrent ainsi. Mais l'esprit général de l'Église fut plus large. Les précédents étaient très
anciens dans ce sens. On’ se souvenait de Jean le Précurseur donnant le baptême aux soldats, sans leur imposer d'autre condition que de remplir avec humanité et justice les devoirs de leur état ?; de Jésus exauçant la prière du centurion de Capharnaüm $ ; de Pierre baptisant le centurion de Césarée {. Dans une société molle et dissolue comme l'était devenue la société romaine, les qualités exigées des soldats, vaillance, abnégation, mépris de la mort, étaient celles qui paraissaient se rapprocher le plus des vertus chrétiennes. Aussi les plus anciens écrivains du christianisme, saint Paul, saint Clément de Rome, saint Ignace d'Antioche, empruntent-ils volontiers à l'état militaire les comparaisons et les formes de langage”. On trouve de très bonne heure des chrétiens parmi les soldats : saint Paul a prêché à Rome dans le camp des cohortes prétoriennes ‘; il y a des prétoriens
4. Voir plus haut, p. 127. Les passages d’Origène (Contra Celsum, VILI, T1) et de Clément d’Alexandrie (Paedag., IX, 41) qui les ont fait prendre pour des adversaires systématiques du service militaire, n’ont point cette portée ; voir Rivisla slorico-critica delle Scienze teologiche, 1905, p. 542-543. Voir encore sur ce sujet Harnack, Militia Christi, Die christliche Religion und der Soldatenstand in den ersten drei Jahrunderten, 1905, et Vacandard, La question du service militaire chez les chrétiens des premiers siècles, dans Études de criiique et d'histoire religieuse, 2° série, 1910, — 92, Saint Luc, 11, 44.