Saint Cyprien, Ep. 80 4. Code Justinien, V, xuix
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mettait tout à coup en présence, non pas seulement du supplice pour lui-même, mais de la ruine pour tous les siens.
Un des plus curieux nee de chrétiens mis en demeure de choisir entre la fidélité à leur religion et la perte complète de leur fortune a été raconté par saint Basile. Il célèbre, dans une homélie, le martyre d'une de ses concitoyennes de Césarée, la veuve Julitta. Riche autrefois, celle-ci avait été presque ruinée par les intrigues et la mauvaise foi d'un habitant de la même ville, qui, abusant de son inexpérience en affaires, avait réussi à mettre la main sur les terres, les maisons et les esclaves de la veuve; vous savez qu'à cette époque les esclaves entraient parfois pour une grande part dans un patrimoine. Julitta, ne voulant pas être entièrement dépouillée, se résigna à lui intenter un procès. Au moment où elle commençait à expliquer sa cause devant les juges, le défendeur lui opposa une exception qui, admise, devait entraîner la nullité de toute la procédure. Cette exception était tirée d’un article de l’édit de février 303, qui ôtait à ceux qui persistaient à être chrétiens le droit d’ester en justice. L'enquête était facile : il suffisait de mettre sur-lechamp à l'épreuve la foi de la plaignante. Le président fit apporter devant le tribunal un autel, sur lequel chacune des parties fut invitée à brûler de l’encens en l'honneur des dieux, en prononçant des paroles contre la religion chrétienne. Cela n'embarrassait point, comme vous le pensez bien, l’adversaire de Julitta, puisque l'exception avait été soulevée par lui; mais la veuve refusa avec indignation. « Périsse la vie, s’écria-t-elle, périssent les richesses
de hasard, périsse mon corps s’il le faut, avant que sorte de ma bouche aucune parole contre Dieu mon Créateur! » Elle perdit naturellement son procès; puis, ruinée d'une manière définitive par une première sentence, elle fut, par une seconde, condamnée comme chrétienne au bûcher !.
__ J'ignore si cette courageuse femme avait des enfants. Cela n'est pas probable, car elle paraît avoir comparu seule devant le tribunal, et, en rapportant les paroles héroïques par lesquelles, marchant au supplice, elle répondait aux consolations de ses amies, l’orateur sacré ne dit pas que des parents se fussent joints à celles-ci pour lui dire adieu. Là où l'épreuve devait être d'une amertume excessive, c’est quand le martyr était pressé de sacrifier sa foi aux intérêts de ceux dont il était le protecteur naturel, et
quand des voix amicales essayaient de mettre sa cons- :
cience de père ou d’époux en opposition avec sa conscience de chrétien?. Peut-être vit-il alors passer devant ses yeux cet épais nuage, qui voile pendant un instant aux plus résolus la lumière du devoir, et cache la route droite sur laquelle les pas étaient déjà engagés. Tantôt ce sont des amis païens qui lui disent : « Situ n'obéis pas au juge, non seulement tu soufiriras d’horribles tourments, maïs encore tu exposeras toute ta famille à la ruine imminente. Tes biens seront dévolus au fise et toute ta race disparaîtra %. » Tantôt c'est le juge lui-même, ému de pitié, qui lui dit : « Pense à ton salut, pense surtout à tes fils, » ou encore : « Fu es très riche, tu pos-
4 Saint Basile, Hom. V, 1-2.
2. Solvi conjuges matrimoniis. Arnobe, Ado. nat., IL 5. 3. Passio S. Theodoti, 8, dans Rüinart, p.357. AD 4. Passio S. Philippi, 9; ibid., p. 449.
- sèdes assez de biens pour nourrir presque toute une province... Ta pauvre femme te regarde !. » Tantôt
ce sont les avocats présents au tribunal, le juge luimême, tous ses parents, qui l'embrassent, qui lui baïisent les pieds, le suppliant « d’avoir des égards pour sa femme et le souci de ses enfants ?. » Tous les proches des martyrs n'avaient pas l'héroïsme d’Origène, qui, tout jeune encore, écrivait à son père, au moment où ce courageux chrétien, père de sept enfants, allait marcher au supplice : « Tiens ferme, ne change pas de sentiments à cause de nous. » Probablement, moins soutenus, combattus du côté d’où eût dû leur venir le secours, beaucoup des chrétiens soumis à cette épreuve, pire que toutes les tortures, n’en sortirent pas victorieux. Ceux qui en
; triomphèrent ne le purent qu'au prix d’une lutte, qui
semble dépasser les forces humaines.
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Une épreuve bien voisine de la première attendait quelquefois aussi les martyrs d'un rang élevé.
Tant que subsista l'Empire païen, où la politique avait établi une étroite compénétration de la religion et de l'État, presque aucun acte de la vie publique ne fut dépourvu du caractère religieux. Souvent sceptiques ou libres penseurs dans la vie privée, les magistrats de tout ordre étaient tenus à rendre, dans l'exercice de leurs fonctions officielles, un culte presque continuel aux dieux de l'Etat. Un gouver-