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Tertullien, De idololatria

2, Apol., 37, Voir plus haut, p. 178.

Tr LES ÉPREUVES MORALES DES MARTYRS. 199

mystères chrétiens. C'étaient alors de simples ornements, ou de nobles allégories : toute pensée païenne en avait disparu. L'application pratique de la même idée se retrouve dans les règles imposées aux artisans ou aux artistes : sculpter des figures de dieux pour la décoration de meubles ou d’édifices civils est toléré : sculpter des idoles pour un temple est défendu ‘. La distinction s'établit ainsi d'elle-même : le chrétien voit des ornements ou des symboles là où le païen verrait des divinités. Passons de l'artisan au soldat : pendant que de naïfs idolâtres adoraient réellement les aigles des légions, le soldat chrétien leur rendait légitimement les honneurs, comme à l'emblème de la patrie, ainsi que nous faisons aujourd’hui encore au drapeau. Remplaçons maintenant l'artisan et le soldat par le consul, le sénateur ou le magistrat municipal : beaucoup des cérémonies auxquelles ils étaient appelés à prendre part pouvaient s’interpréter de la sorte. C’est un peu la question agitée au dix-septième et au dix-huitième siècles à propos des rites chinois et malabares : mais lé ferme esprit des fonctionnaires romains était apparemment capable des distinctions nécessaires, et ne courait pas le risque de retomber, par ce détour, dans l’idolâtrie.

Sans doute, ces cérémonies se passaient fréquemment dans les temples, ou étaient accompagnées d'immolations de victimes : mais beaucoup d'actes de la vie civile, comme la prise de la toge virile, l'imposition de noms à un enfant, les fiançailles, le

4. Canones sancti Hippolyli arabice, canon x1; Tertullien, Adv, Marcionem, I, 2. Voir De Rossi, Roma sotterranea, t. IX, p.352; t. HI, p. 578-579; Bull. di arch. crist., 1879, D. 49.

mariage, donnaient occasion de même à des fêtes païennes, et les moralistes chrétiens les plus austères ne trouvaient pas mauvais qu'un fidèle y assistât, pourvu qu'il ne prit point de part personnelle au culte. Même si un sacrifice était offert dans quelqu'une de ces circonstances, son assistance passive était tolérée. « Si l’on m'invite, écrit Tertullien lui-même, pourvu que mes services et mes fonctions n'aient aucun rapport avec ces sacrifices, je puis me rendre à l'invitation. Plût au ciel, assurément, que nous n’eussions jamais l’occasion de voir ce qu'il nous est défendu de faire! Mais puisque l'esprit mauvais a tellement enveloppé le monde d'idolâtrie, il nous sera permis d'assister à quelques cérémonies, si nous y allons pour l’homme, et non pour l'idole {. » Tertullien va jusqu’à dire: « Présent à un sacrifice, pour lequel j'ai été spécialement invité, je participe à l'idolâtrie. Ai-je accepté l'invitation pour une tout autre cause? Je ne suis plus qu'un simple spectateur du sacrifice ?. » Ces maximes du moins large des casuistes s’appliquaient exactement au cas des magistrats chrétiens, bien plus favorable, certes, que celui de simples invités à des fiançailles ou à des noces. Il était facile d'amnistier, par un raisonnement de cette sorte, l'assistance passive de fonctionnaires à des fêtes officielles, même lorsque celles-ci se terminaient par des cérémonies païennes. Leur abstention de toute part active et personnelle à ces cérémonies était, aux yeux plus ou moins consentants du pouvoir, couverte par leur présence. Et cette présence s’absolvait, aux yeux indulgents de l'Église,

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