‹ dix lecons sur le martyreChapitre 127 sur 201 · Eusèbe, De mart. Pal · texte numérisé non relu

Eusèbe, De mart. Pal

3. Plusieurs questions se posent cependant, qu’il nous faut indiquer en note. — La première estcelle-ci : ces indignités étaient-elles com-

__ mandées par les édits de persécution? Ce n’est pas probable, au

moins pour les trois premiers siècles; mais les magistrats jouissaient alors d’un pouvoir discrétionnaire quant à la procédure criminelle et quant au choix des peines. Beaucoup de martyres étaient

- d’une humble condition, qui autorisait envers elles tous les excès

(cf. Ulpien, au Digeste, XXV, vu, 1, $1; Marcien, tbid., 3; Paul, Sententiae, LI, xxvi, 41, 16). Il y a même, dans l’histoire païenne, des précédents, ou au moins des analogies, à propos de personnes d’une

tache de sang. Nous n'avons pas dit toutes les épreuves morales des martyrs.

Il en est une qui s’imposait sans distinction aux! hommes et aux femmes, aux nobles et aux plébéiens, aux riches et aux pauvres. Combien durent hésiter! avant de confesser leur foi, moins par peur dela ruine, de la dégradation, de la torture, des supplices, qu'à la pensée des êtres chers dont il leur faudrait se sé-! parer! Nous souffrons tant des séparations inévitables!

condition relevée : le supplice des filles de Séjan (Tacite, Ann., V, 9; Suétone, Tiberius, 61; Dion Cassius, LVIII, 41). Au commence- } ment du quatrième siècle, sous Dioclètien et ses collègues, les édits | auraient commandé la condamnation des vierges chrétiennes à cette peine outrageante, si l’on en croit la Passion de Didyme et de Theodora (4, dans Ruinart, p. 427). — La seconde question est la suivante: le choix entre l’abjuration et la honte fut-il imposé seulement aux vierges chrétiennes? les femmes mariées en étaient-elles exemptes?! Au moins jusqu'à Dioclétien cela paraît probable : si les 5

employés par Tertullien (4pol., 56; De pudicitia, I, 2) prêtent à l'équivoque, saint Cyprien fait très clairement la distinction entre les vierges chrétiennes, que la mort par la peste préservait du continuel danger qu’en temps de persécution courait leur honneur, et les matrones, c’est-à-dire les femmes mariées d'un rang honorable, que celte même mort préservait seulement du supplice (De murtatitate, 15). Mais au temps de Dioclétien, surtout en Orient, cette distinctiou s’efface, et toutes les chrétiennes sont menacées : voir la conduite du sophiste Hiéroclès, préfet d’Égypte, dans Eusèbe, De marlyribus Palestinae, 5, 3. — Enfin, on se demande si la condamnation fut réellement exécutée. Plusieurs Passions montrent les martyres préservées par le respecl qu’elles inspiraient, ou par une intervention miraculeuse (Passio SS. Sabinae et Serapiae, dans | Acta SS., août, t. IV, p. 500; Acta SS. Petri, Andreae, Pauli et Dionysiue virginis, 3, dans Ruinart, p. 448; Vincent de Beauvais, Speculum | kistoriale, XIX, 104 (Passion de sainte Colombe); Acta SS. Didymi et Theodorae, 4, 5, dans Ruinart, p. 426-430; Passio SS. Theodoti An- ; cyrantetseplem virginum, 13; 1bid., p.360 ; Prudence, Peri Stephanôn, | XIV, 43-51). Mais des texteshistoriques comme les passages déjà cités

de Tertullien, Ge saint Cyprien, d'Eusèbe, laissent entendre qu’iln’en

fut pas ainsi pour toutes. Le livre De vera virginis integritale,

faussement attribué à saint Basile, mais qui paraît du quatrième

siècle, et est peut-être de son homonyme l’homéousien Bastfle d’An-

cyre (cf. Revue d' «ie ecclésiastique de Louvain, janvier 1903, p. #

et suiv.), dit ($ 52) qu'il y en cut de sauvées, parce que l'Époux céleste auquel elles avaient tout sacrifié a pris soin d'elles, mais qu 4 y en eut aussi qui souffrirent violence, et n’en furent que plus chères à Celui auquelleur âme demeurait fidèle (Migne, P.G.,t. XXX, col.670)

causées par la mort, que nous pouvons sentir au vif l’angoisse du chrétien qui, maître d’écarter ces séparations, de continuer la vie en commun avec des êtres chéris, n'ayant qu’un mot à dire pour rompre ou pour renouer les plus doux liens, sentit ce mot: trembler sur ses lèvres! Et nous admirons tout le mérite du choix fait par les martyrs, parce que d’amères expériences nous ont fait comprendre toute la grandeur du sacrifice accepté par eux.

Peu d’autobiographies égalent en beauté la relation que la célèbre martyre de Carthage, Perpétue, a laissée de sa captivité et de son procès. Un des érudits qui l'ont étudiée de plus près a raison de dire que ce récit est « marqué au coin d’une extrême simplicité, très éloquent, sans la moindre recherche d’art et sans aucune rhétorique !, » Ces caractères sont surtout ceux des passages où elle décrit ses diverses rencontres avec des membres de sa famille, pendant son emprisonnement. Arrêtée, elle reçut la visite de son père. « Il essayait de me détourner de mon dessein, par affection pour moi. « Père, lui dis-je, vois-tu à terre ce vase? — Je le vois. — Peux-tu lui donner un autre nom que celui de vase? — Je ne le puis. — De même, moi, je ne puis me dire autre chose que chrétienne. » Mon père, irrité de mes paroles, se jeta sur moi pour m'arracher les yeux : mais il me fit seulement du mal, ets’en alla. » Perpétue et ses compagnons furent conduits dans la prison de Carthage. Leurs parents étaient quelquefois admis à les visiter. « J’allaitais alors mon enfant, à demi mort de faim, raconte Perpétue, et,

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