Ibid
refuser aux prisonniers chrétiens un peu d’eau fraiche!. Aussi ne souffrait-on pas seulement en prison du manque de boisson et de nourriture : on en mourait. Dans celle de Lyon, beaucoup de martyrs périrent de souffrances et de privations, quelquesuns asphyxiés par le manque d’air?. A Carthage, pendant la persécution de Dèce, treize fidèles moururent de faim en prison. « Nous les suivrons bientôt, écrit un survivant, car depuis huit jours nous venons d’être remis au cachot. Auparavant, on nous donnait tous les cinq jours un peu de pain et d’eau à volonté3. » Depuis huit jours, on ne leur donnait plus rien!
Si encore ces malheureux avaient eu la liberté de se mouvoir! Non contents de les accabler sous le poids des chaînes, de leur serrer même le cou dans un carcan!, les persécuteurs les mettaient souvent au rerpus, c'est-à-dire qu'après les avoir obligés à se coucher sur le dos, on passait leurs pieds dans une poutre percée de plusieurs trous. Ce traitement fut infligé à Paul et à Silas dans la prison de Philippes*. Après le premier interrogatoire des martyrs de Scillium, le proconsul, mécontent de leurs réponses, dit : « Qu’on les ramène en prison, et qu’on les mette à la poutre (#7 ligno) jusqu'à demain. » Les femmes mêmes y étaient assujetties : « Un jour
4. Passio SS. Montani, Lucit, 6. — 2. Lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hist. eccl., V, 1, 27.
3. Lettre de Lucien à Celerinus, Ep. 21, inter Cyprianicas. — Mar. tyrs morts de faim à Tyr pendant la dernière persécution, Au& Gtapbapévres. Eusèbe, Hist.eccl., VIII, 8. — La faim jointe aux chaines et à l’emprisonnement était aussi une des peines infligées par les maîires romains à leurs esclaves : « vinculis, carcere, fame vindicamus. » Sénèque, De Ira, I, 32.
4. Eusèbe, Hist, eccl., VI, 80. — 5. Act. apost., xv1, 2%, — 6. Acta mart, Scillit., 2
que nous étions au nerpus, » écrit sainte Perpétue !. La souffrance devenait horrible quand les jambes du prisonnier, tirées au moyen de nerfs de bœuf (d’où le mot nervus) ?, étaient emboîtées dans des trous très éloignés l’un de l’autre. Origène, âgé de soi-
xante-sept ans, resta longtemps dans son cachot,
les jambes écartées jusqu'au quatrième trou ÿ. Les martyrs de Lyon, en 177, le martyr Romain, en 303, furent mis au rerpus jusqu'au cinquième trou *, qui paraît avoir été le maximum de tension. Au delà la mort se produisait par la rupture du ventreÿ. Cependant, malgré l'obscurité, la chaleur, la promiscuité qui y régnaient (avant les empereurs chrétiens, on ne songea pas à séparer les prisonniers de différent sexe) f, malgré les souffrances physiques et morales infligées aux détenus, la prison ordinaire le