Prudence, Peri Slephanôn, V
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anges vinrent chanter d'idéales mélodies. Vérité ou légende, cette histoire symbolise les grâces par les- quelles Dieu fortifiait et consolait l'âme des saints qui souffraient pour lui en prison. Ceux que les hommes ne pouvaient plus visiter recevaient dans leurs impénétrables oubliettes la visite du ciel. Le sentiment de la solitude, la douleur même physique, disparaissaient alors, c'est un contemporain qui l’affirme : « La jambe serrée dans le nervus ne le sent plus, s’écrie Tertullien, quand l’âme est dans l’extase, » zil crus sentit in nervo, cum anima in cælo est{.
Mais le plus grand nombre des confesseurs n'était pas ainsi au secret : ils habitaient la prison publique, ce qui leur permettait de rester en communication avec le monde extérieur. Les geôles romaines s’ouvraient aisément, quand on y savait mettre le prix?, et la main des geôliers était toujours tendue. Ils se souvenaient opportunément alors que les prisonniers si durement traités n'étaient qu’en détention préventive. Aussi les documents non seulement chrétiens,” mais païens, le Peregrinus de Lucien comme les Actes des martyrs, montrent-ils les fidèles demeurés libres accomplissant près de leurs frères enchaînés cette « œuvre de miséricorde, » la visite des captifs.
Ils apportaient des aliments, des vêtements, des remèdes aux captifs à demi morts de faim, couverts de plaies, brisés par la torture. Sainte Perpétue et ses. compagnons de captivité sont visités par un grand nombre de fidèles, grâce à la pitié du soldat
4, Tertullien, Ad martyres, 2.
3, Cf, Lucien, De morte Peregrins, 2,
préposé à leur garde‘. A Carthage, pendant la persécution de Dèce, saint Cyprien fut obligé de recommander aux fidèles de ne pas venir en trop grande foule à la prison, de peur d'éveiller les soupcons ?. La charité individuelle n'était pas seule à secourir les confesseurs; les ressources de la caisse ecclésiastique y étaient consacrées; les saints qui souffraient pour le Christ devenaient, comme dit Tertullien, « les nourrissons de leur confession, » alumni confessionis suae$, « Bienheureux martyrs
désignés, leur écrit le même Tertullien (par une |
magnifique comparaison, il assimile les captifs destinés au martyre aux magistrats destinés au consulat, consules designati), V Église, notre mère et notre maîtresse, vous nourrit du fait de sa charité, pendant que le dévouement de vos frères vous apporte dans la prison de quoi soutenir la vie du corps. »
La sollicitude de l'Église ne séparait pas de cette vie celle de l’âme. « Ce fut la coutume de nos prédécesseurs, écrit saint Cyprien, d'envoyer dans les prisons des diacres qui subvenaient aux besoins des martyrs et leur lisaient l'Écriture sainteS. » Deux diacres s’acquittèrent de cet office près de Perpétue et de ses compagnonsé. Sous Dèce, des prêtres et des diacres viennent dans les prisons, à intervalles réguliers, célébrer les saints mystères et distribuer aux captifs le pain céleste’. Privés à la fois de la
Passio SS. Perpetuae, Felicttaiis, 9. « Saint Cyprien, Ep. 3, 4. È Tertullien, Apol., 39.
Tertullien Ad martyres, 1.
Saint Cyprien, Ep. 15.
6. Passio SS. Perpeluae, Felicitalis, & 7. Saint Cyprien, Ep. 4.
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nourriture matérielle et de cette nourriture divine, des martyrs africains languissaient dans la prison. L'un d'eux eut une vision : un jeune homme d’une taille extraordinaire parut, portant dans chaque main une coupe de lait : « Ayez bon courage, dit-il, Dieu tout-puissant s’est souvenu de vous. » Il fit boire les. prisonniers, les coupes ne se vidaient pas. Il posa celles-ci à droite et à gauche : « Vous voilà rassasiés, reprit-il, cependant elles sont encore pleines, et une troisième va vous être apportée. » Le lendemain, le prêtre Lucien envoya le sous-diacre Herennianus et le catéchumène Janvier porter à chacun « l'aliment qui ne diminue pas, » alimentüm indeficiens, c'està-dire l'eucharistie. Les frères furent ensuite admis à visiter les prisonniers, et purent enfin leur donner quelque soulagement!.
Les martyrs ne recevaient pas seulement la charitable assistance des chrétiens : même dans les chaînes ils trouvaient le moyen d’exercer aussi la charité. Les chrétiens détenus à Lyon sous Marc Aurèle s'avertissent de leurs défauts, se corrigent des excès auxquels une austérité mal entendue avait pu porter quelques-uns?. En même temps ils invoquent avec d’abondantes larmes la miséricorde divine pour les renégats enfermés avec eux, et ohtiennent que ceux-ci se repentent et 'se préparent à comparaître une seconde fois devant le tribunal ?. Non contents d'exercer ce touchant apostolat, les héroïques témoins du Christ s'inquiètent des affaires de l'Église, prêtent l'oreille aux inquiétants progrès