‹ dix lecons sur le martyreChapitre 138 sur 201 · Tertullien, De jejunio · texte numérisé non relu

Tertullien, De jejunio

Es gr De ee DURS

{ tes

. thage pendant la persécution de Dèce. Au lieu d'i- - miter la modestie des fidèles de Lyon, qui, plongés dans le plus dur cachot, refusaient le titre de mar- . tyrs', ils se crurent supérieurs au clergé, entreprirent de réconcilier sans son intervention les apostats, leur donnèrent des billets d’absolution malgré la défense de saint Cyprien, et s’érigèrent par le

fait, contre tout droit, en chefs de l'Église ?. Mais que sont ces taches isolées, près de tant - d'exemples de patience, de pénitence, de charité, -d’humilité, de soumission, donnés sur tous les points de l'Empire, pendant trois siècles, par des milliers de captifs? « Vous habitez un séjour ténébreux, écrit Tertullien à ces vrais prisonniers du Christ, mais vous êtes vous-mêmes une lumière. Des liens vous - enchaînent, mais vous êtes libres pour Dieu. Vous respirez un air infect, mais vous êtes un parfum de - suavité. Vous attendez la sentence d’un juge, mais vous jugerez vous-mêmes les juges de la terre. »

4, Eusèbe, Hist. eccl., V, 38.

2, Saint Cyprien, Ep. 5, 6, 9, 10, 41, 14, 16, 19, 22, 25, 31, 40. 3, Tertullien, Ad marlyres, 2. — Dans la préface au livre mauvais, littérairement et moralement, qu’il a intitulé l’Abbesse de Jouarre, Renan, après avoir dit que si les hommes se trouvaient tout à - coup « en face d’une mort subite et certaine, la nature seule parlerait, » a osé écrire : « C’est ce qui arrivait aux martyrs de la primitive Église chrétienne; la dernière nuit qu’ils passaient ensemble dans la prison donnait lieu à des scènes que lesrigoristes désapprou- vaient; ces funèbres embrassements étaient les conséquences d’une situation tragique et du bonheur qu’éprouvaient des hommes et des femmes réunis à mourir ensemble pour une même cause. » Pas une ligne, dans aucun document, n'indique une telle attitude des pri- - sonniers chrétiens : pour se rendre compte de la fausseté des insinuations contenues dans le passage que j'ai cité, il suffit de lire ce - que M. Renan lui-même, dans ses ouvrages plus sérieux, a dit des - mœurs chrétiennes et des martyrs : le beau chapitre qu'il a consacré, dans son Marc Aurèle, aux martyrs de Lyon est la meilleure réfutation des sous-entendus calomnieux échappés à son imagination sénile, dans cette dernière phase de sa vie où il se crut permis de tout rêver et de tout écrire.

Le moment d'être jugés, ou plutôt, selon le mot |

de l’apologiste, de juger eux-mêmes les juges de la terre, arrivait plus ou moins vite pour les chrétiens incarcérés. Mais, avant de paraître devant le représentant de l'empereur, ils avaient souvent été interrogés une première fois par les mêmes magistrats municipaux que nous avons vus chargés fréquemment de l'arrestation. Ceux-ci n'avaient pas le droit de prononcer la sentence, mais ils avaient celui de mettre à la torture. L'information achevée, ils envoyaient ou conduisaient eux-mêmes l'accusé au gouverneur de la province, avec un rapport écrit, elogium, qui servait de base à l'instruction définitive faite par ce magistrat.

Des Actes authentiques donnent de nombreux exemples de cette information préalable. Les duumvirs de Lyon ont interrogé les chrétiens arrêtés, puis les ont mis en prison jusqu'à l'arrivée du légat '. Pionius est interrogé devant tout le peuple par le néocore Polémon : comme on presse celui-ci de mettre à mort le martyr, il répond : « Nous n’avons point les faisceaux, et ne possédons point le pouvoir de condamner, » /asces et ligna non ad nos, et habere non possumus potestatem?. Les saints Jacques et Marien sont mis à la torture par les magistrats de Cirta, puis interrogés en public, et enfin envoyés à Lambèse, résidence du légat,

1. Lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hist.

eccl., N, 4, 8:

2, Passio S, Pionit, 40.

LG te

L avec un rapport, elogium'. Les saints Dativus, Saturninus et plusieurs autres sont interrogés au forum par les magistrats d’Abitène, puis con-

duits à Carthage; un elogium a été rédigé?. A An-

tioche de Pisidiè, Trophime et Sabbatius sont aussi interrogés par le magistrat municipal : Trophime

meurt pendant la torture : Sabbatius est renvoyé au préfet sous la conduite de l’irénarque, chargé de

. présenter le rapports.

Le plus curieux exemple d’information préalable

: se trouve dans les Actes de saint Nestor 4. Celui-ci | était évêque de Magydos, en Pamphylie5. Quand

l’édit de Dèce contre les chrétiens eut été publié, il conseilla la fuite à ses ouailles, et demeura tranquil-

lement dans sa maison. Des païens vinrent l'y

chercher, disant : « L’irénarque et tout le conseil te demandent. » Nestor se rendit à l’agora. Les sénateurs y étaient rassemblés ; ils se levèrent et le saluèrent. Étonné, il demanda pourquoi ce salut. « Ta vie est digne d'éloges, » répondit-on d’une seule voix. Nestor fut conduit dans l’un des édifices qui bordaient l’agora. Les membres du sénat de Magydos s’assirent : on apporta pour l’évêque un siège d’honneur, paré de riches étoffes. « Vous m'avez fait assez d'honneur en m'appelant devant vous, dit Nestor ; maintenant dites-moi pour quel sujet vous

m'avez mandé. — Tu connais, Ô maître, le décret de

Page 1