Dans les Acla LA ‘février, t. II, P
5. Selon les Actes latins ; la version grecque (publiée par Aubé, l'Église et l'État dans la seconde moitié du III° siècle, p.501-517) dit qu'il était évêque de Side, autre ville de Pamphylie.
l'empereur, dit l'irénarque. — Je connais le précepte du Dieu tout-puissant, mais j'ignore celui de l'empe? reur. — O Nestor, donne ton consentement avec calme, de peur qu’on ne te mette en jugement. — Et à quoi consentirai-je ? — Aux‘ordonnances du prince. — Jeconsens et je me soumets aux comman: dements du Roi des cieux. » | L'irénarque, à ce mot, oublia sa courtoisie pre! mière, si naturelle aux Grecs d'Asie, et dont l'histoire des persécutions offre plus d’un exemple; devant cf qui lui parut une désobéissance aux ordres impé: riaux, le vieux fond de fanatisme païen reparuti mêlé à la servilité asiatique. « Tu es possédé di démon, s’écria-t-il. — Il serait désirable, répondit Nestor, que vous ne fussiez pas vous-mêmes possé! dés des démons, et que vous ne leur rendiez pas ui culte. — Comment oses-tu appeler les dieux de: démons? — La raison veut qu'on les appelle ainsi] et ceux qu'on exorcise l'ont souvent reconnu : sa; chez-le bien, vous adorez des démons. — Je te fera confesser, au milieu des tourments et en présente! du gouverneur, que ce sont des dieux. — A quoi bon: repartit l'évêque, me menacer des tourments? J! redoute les supplices de mon Dieu, mais je n’a peur ni des tiens ni de ton juge. Dans les tour ments je confesserai toujours le Christ, fils du Die: vivant. » La résistance de Nestor étant ainsi cons! tatée, l'irénarque, accompagné de deux soldats, 1 conduisit à Perge, où se trouvait le légat de Pam phylie.
La suite de l’histoire de saint Nestor servira ä transition pour passer de l'information préalable faite par les magistrats municipaux, à l'instructio
définitive, œuvre du gouverneur de la province, seul investi du droit de glaive.
L'irénarque et le prisonnier étaient arrivés le soir à Perge. Le lendemain matin, l’irénarque alla faire son rapport au légat. Celui-ci se rendit à son tribunal, et ordonna d'amener l'accusé. Un assesseur donna lecture du rapport écrit. « Ce document, qui formait la base du procès, et peut se comparer à l'acte d'accusation lu par le greflier devant nos cours d'assises, devait être écouté avec grande attention par le juge. L'irénarque qui l'avait rédigé avait droit à des éloges s’il avait bien rempli sa mission: il devait être blâmé lorsque le rapport était incomplet ou mal écrit; les rescrits impériaux ! commandaient de le punir si le document trahissait la passion ou la mauvaise foi du rédacteur ?. » Par une heureuse et unique fortune, le rapport rédigé par l'irénarque au nom du sénat de Magydos a été conservé. S'il est authentique, comme je le pense*, on y doit reconnaître un des plus précieux documents de procédure criminelle qui soient venus jusqu’à nous.
« Eupator, Socratès, et tout le conseil, au très excellent seigneur président, salut.
« Lorsque ta Grandeur reçut les divines lettres de notre seigneur l’empereur, par lesquelles il ordonnait que tous les chrétiens sacrifiassent, et qu’on les fit renoncer aux idées dont ils sont imbus, ton humanité voulut exécuter ces ordres sans violence, sans
1. Marcien, au Digeste, XLVIIL, 1, 6. — Voir Mommsen, Rômisches
Strafrecht, p. 307 et suiv.
2. Histoire des perséculions pendant la première moitié du troisième siècle, 3° éd., p. 482.
3. Telle est aussi l'opinion de M. Franchi de’ Cavalieri, Nuovo Bull. di archeologia cristiana, 190%, p. 12.
dureté, avec mansuétude. Mais cette douceur n'a | servi de rien. Ces hommes s’obstinent à mépriser| l'édit impérial, Nestor, invité par nous et par tout le conseil, non seulement n’a pas voulu se rendre à nos avis, mais tous ceux qui sont sous sa direction, suivant l'exemple de leur chef, s’y sont également re- | fusés. Nous avons insisté pour qu'il vint au temple! de Jupiter, suivant les ordres du très victorieux | empereur. Mais il a répondu en chargeant d'outrages | les dieux immortels. [1 n’a pas épargné l’empereur. | Toi-même n'as pas été ménagé. C’est pourquoi le, conseil a jugé bon de le déférer à ta Grandeur.» |
Les rescrits impériaux défendaient au gouverneur de juger sur la simple lecture de cette pièce : ils l'obligeaient à recommencer l'instruction, et à inter- | roger lui-même l'accusé. L'interrogatoire de saint Nestor par le légat de Pamphylie n'offre pas, malheureusement, des garanties d'authenticité suffisantes! pour que je pousse plus avant l'analyse de ces Actes, et que je le cite à titre d'exemple. Mais d’autres Passions tout à fait sûres nous fournissent un assez grand nombre d’interrogatoires qui paraissent copiés sur les pièces officielles, et entre lesquels nous n’aurons qu’à choisir.
Les interrogatoires avaient lieu quelquefois dans
1. Voir Tillemont, Mémoires, t. III, note xx sur la persécution de Dèce. M. Franchi de’ Cavalieri fait, à ce propos, une observation très juste : « L'authenticité du rapport {de lirénarque) ne suppose pas nécessairement l'authenticité du reste, pas plus que dans la légende d'Abercius l'authenticité de l'inscription citée ne suppose celle du récit fantastique qui l’encadre, ou que l’authenticité de l’Apologie
d’Aristide n'entraine celle de la légende de Barlaam. » Nuoro Bull. 4903, p. 143, note 4.
le cabinet du magistrat, secretarium, dont les portes restaient ouvertes !. Mais le plus souvent les martyrs étaient interrogés dans un endroit public, en présence du peuple. C'était ordinairement la salle des audiences du prétoire; mais c'était parfois aussi un lieu plus vaste, fait pour contenir une foule d’auditeurs ou de spectateurs : les Passions des martyrs, comme aussi les histoires profanes, parlent de procès jugés dans le cirque ou dans le stade, ou même dans les bains publics?. C’est un curieux trait de procédure romaine à noter. Pour se faire mieux entendre, le juge employait alors la voix du héraut, praeco, qui transmettait les questions à l'accusé, et probablement aussi répétait les réponses de celui-ci? Parfois les interrogatoires étaient multiples; le chrétien était ramené en prison, puis en était tiré de nouveau, pour reparaître une seconde ou une troisième fois devant le juge : on connaît des exemples de martyrs emmenés à la suite du gouverneur pendant une tournée administrative, et comparaissant devant lui dans les diverses villes où il passait #.
Avant de demander aux Passions des martyrs une idée exacte du colloque suprême engagé entre un chrétien et le représentant de l’empereur, je dois vous faire connaître l'appareil extérieur de l’audience. Il serait facile de le reconstituer en empruntant çà et là des détails : mais un écrivain de la fin du quatrième siècle nous a épargné ce soin. Asterius, évêque