S . SI
Pas une seule fois les chrétiens n'usèrent de ce droit d'appel. Sieette abstention eut pour cause la hâte de rendre témoignage à Dieu, elle est admirable. Si elle eut un motif moins élevé, la certitude que l'appel ne serait pas reçu, elle manifeste une fois de plus
l'illégalité qui présidait aux procès jugés par les per-
sécuteurs.
La résignation — ou plutôt, car le mot n'est pas suffisant, l’allégresse — avec laquelle les martyrs
accueillaient la sentence, montre que de ces deux explications c'est la première qui est la vraie. On écrirait un chapitre sous ce titre, qui n’est paradoxal qu’en apparence : la gaieté des martyrs. Perpétue est gaie dans la prison ! ; à l'étonnement des païens, une autre chrétienne, Sabine, rit en allant au tribunal ? ; les spectateurs sont stupéfaits en voyant Carpos sourire pendant l’interrogatoire, sourire même sur le bûcher *; Théodosie reste souriante pendant la torture {; Hermès plaisante en marchant au supplice 5, avec un Aumour qui fait penser à celui de Thomas Morus montant à l’échafaud $. Les Actes parlent souvent du visage ouvert et gai des condamnés 7. « C’est avec joie que nous confessons le Christ et que nous mourons, » écrit le philosophe saint Justin 8. Quand
necessarius ejus sit, necne : credo enim humanitatis ratione omnem provocantem audiri debere. Ulpien, au Dig., XLIX, 1, 6.
4. Quomodo in carne hilaris fui, hilarior sum ethie modo. Passio SS. Perpetuae, Felicitatis, 12.
2 Passio S. Piontii, 6.
3. MartyriumSS. Carpi, Papyliet Agathonices, dans Aubé, l'Eglise et l'Etat dans la seconde mottié du m° siècle, Appendice, p. 500-504.