Ulpien, au Dig., XLVIII, x1X, 8, S
2, Saint Cyprien, Ep. 71.
l'égard des forçats chrétiens envoyés aux mines de cuivre de Phaenos, un& atroce mesure : il leur fit brûler les nerfs de l’un des jarrets avec un fer rouge. Cruauté aussi inutile qu'illégale, puisque l'évasion était impossible pour des forçats enchaînés, marqués et rasés, et qu'aucune loi n’autorisait à aggraver par des mutilations le sort déjà si dur des condamnés aux mines. Cependant on ne s’en tint pas là : en 308
et en 309, des chrétiens, hommes, femmes, enfants,
évacués des mines de l'Égypte, qui regorgeaient de détenus, sur celles de la Palestine, furent, à leur passage à Césarée, non seulement rendus boiteux, mais encore éborgnés : on leur creva l'œil droit avec un poignard, et on cautérisa au fer rouge les orbites sanglants !.
Telle était cependant la puissance de vie de ces admirables chrétiens, que dans les mines mêmes on les voit reconstituer de véritables Églises. Cela arriva en 309, à Phaenos. Profitant d'un relâchement dans la surveillance, les condamnés avaient pu se réunir dans de petits oratoires, élevés à la hâte au bord des puits. Des évêques captifs célébraient le saint sacrifice et distribuaient l’eucharistie à ce troupeau de mutilés : puis un forçat, aveugle de naissance, mais auquel on avait eu la cruauté de crever néanmoins l'œil droit, suppléait au manque de livres en leur récitant les Saintes Écritures, que sa prodigieuse mémoire savait par cœur?
Le croirait-on? des délateurs veillaient sur la pâle fleur de piété chrétienne épanouie tout à coup parmi
1. Eusèbe, De mart. Palest., 7, 3, 4; 8, 1-3, 43 ; 10,4.—9. L'Apologie d'Origène, écrite en prison à Césarée par le martyr Pamphile (cf. p.241), est dédiée Ad confessores ad metalla Palestinae damnatos, c'est-à-dire aux forçats chrétiens de Phaenos.
les minerais de Phaenos. Le gouverneur, l'empereur furent avertis : un inspecteur des mines fut envoyé sur les lieux. On dispersa les condamnés, emmenant les uns en Chypre, d’autres au Liban ; ceux que la vieillesse rendait incapables de travailler furent décapités; deux évêques, un prêtre, un laïque que sa charité avait rendu populaire, furent jetés dans le feu. Ainsi disparut la petite Église du bagne, une des plus touchantes créations des persécutés !.
Le sanglant épisode de Phaenos servira de transition pour parler des supplices des martyrs. Il nous reste à voir ces témoins du Christ faisant, par un acte libre et réfléchi de leur volonté, et au milieu de douleurs qui dépassent quelquefois toute mesure, le suprême sacrifice, celui de la vie.
Je n'ai pas besoin de dire que je demanderai le tableau des supplices des martyrs aux seuls documents d’une authenticité certaine, laissant de côté toutes les pièces légendaires ou simplement contestées. Il n'est pas inutile de faire cette remarque, car peut-être, sans elle, seriez-vous quelquefois tentés de taxer d’exagération ce qui ne sera que l’expression très simple d’une horrible réalité.
Et je tiens à ajouter tout de suite que mon intention n'est pas de rivaliser par des descriptions de supplices avec les peintures de San Stefano Rotondo ou les planches du De cruciatibus martyrum de Galloni. J'esquisserai aussi sobrement que possible cette
4, Eusèbe, De mart. Palest., 11, 20-23 ; 13, 1-3, 4, 9, 40.
città dolente où furent tourmentés pendant trois siècles tant de chrétiens, mais au seuil de laquelle, tout au contraire de l'Enfer de Dante, rayonne une immortelle espérance. Ce rayon adoucira les spectacles de sang, et mettra jusque sur la flamme des bûchers un reflet du Paradis.
Un mot d’abord sur la situation juridique des chrétiens en face des supplices.
A la différence de ce qui se passe dans.les sociétés modernes, la peine de mort n'était pas, chez les anciens, infligée d'une façon uniforme : il y avait des supplices différents, selon la gravité des cas et la condition des personnes. Les jurisconsultes les classent ainsi : le châtiment suprême, considéré comme le plus ignominieux et le plus cruel, est la croix; viennent ensuite la peine du feu et l’exposition aux bêtes; enfin la décapitation ‘. Le feu et les bêtes sont d'introduction relativement récente, et appartiennent au droit pénal de l'Empire ?. Avant cette époque, il n’y avait guère que deux supplices capitaux, la croix pour les esclaves et les gens de condition tout à fait vile, le glaive pour les autres. Dans le droit impérial, la croix resta le supplice des plus misérables : le glaive fut celui des citoyens : le feu et les bêtes furent infligés aux criminels qui n'avaient pas le droit de cité.
Ces distinctions ne tardèrent pas à s'effacer, au moins pour les chrétiens. Nous les voyons mises volontairement et sciemment en oubli, pour la première fois, en 177. « Après qu'ils eurent été inter-
1. Callistrate, au Digeste, XLVIII, x1x, 28; Caius, ibid., 29 ; Modes tin, ibid., 31.