‹ dix lecons sur le martyreChapitre 153 sur 201 · Saint Justin, Dialog. cum Tryph · texte numérisé non relu

Saint Justin, Dialog. cum Tryph

#. Tertullien, Apol., 31; cf. 12, 50.

5, Clément d'Alexandrie, Strom., W,

peines purent être appliquées à tous. Il ne subsista d'autre privilège que celui des Aonestiores, c'est-à-

dire des nobles ou des gens en place, depuis les sé- |

nateurs jusqu'aux décurions et à leurs fils, lesquels soit étaient exempts des supplices infamants, soit

même en beaucoup de cas échappaient à la peine de | mort. Mais ce privilège ne paraît point avoir profité |

aux chrétiens : on ne voit pas de circonstances où il ait préservé leurs vies : et comme divers édits les frappèrent de dégradation, il n'y eut aucune difii-

culté juridique à punir ceux d’entre eux qui avaient |

droit au titre d'honestiores de la même manière que s'ils eussent été de simples plébéiens. En résumé, à partir de la fin du second siècle, le choix des peines à prononcer contre les martyrs paraît avoir été, presque toujours, laissé à l'arbitraire de leurs juges.

Le supplice de la décapitation semble, à première vue, n'avoir pas besoin d’être décrit. Cependant, il n'était pas tout à fait tel que pourrait se l'imaginer un moderne.

À Rome, où les derniers moments des condamnés ont été si souvent transformés en spectacle, afin de faire, selon le mot d’un poète, « de la douleur d’un seul la volupté de tous !, » la mort par le glaive conserve à peu près seule un caractère très différent. La flagellation, qui la précède quelquefois ?, suivant

4. Nullus in Urbe cadat, cujus sit poena voluptas. Prudence, Contra Symm.., Il, 1126.

2 Acta S.Justini, 4.

l'antique coutume !, se fait hors de la vue du public?. L'exécution a lieu publiquement, mais sans solennité et sans apparat. Aucun échafaud n’est dressé pour y faire monter le condamné ct l'exposer aux regards des assistants. C’est à genoux sur le sol 3, ou debout contre un poteau *, qu’il attend le coup mortel. Une arme honorable, l'épée, doit seule abattre sa tête : la loi a soin de dire qu’elle ne peut être remplacée par la hache, ou par tout autre instrument Ÿ. Le hideux billot, qui évoque l'idée d’une scène de boucherie, ne paraît sur aucun des monuments antiques où la décapitation est représentée © : aucune relation authentique n’en fait mention. On se rend compte que ce supplice est celui des gens de condition relevée, qui ont droit à une mort décente et discrète.

Le procès-verbal de l'exécution de saint Cyprien le fera tout à fait comprendre.

« Cyprien — dit le narrateur contemporain — fut

1. More majorum. Cf. Suétone, Claudius, 24; Nero, 49; Tacite, Ann., XVI, 41. — 9. Les relalions authentiques de martyrs ne la décrivent jamais. Il est probable que la flagellation préalable à la décapitation était tombée en désuétude au troisième siècle, — 3. Voir, outre les Passions de S. Cyprien, des S$. Jacques et Marien, des SS. Montan et Lucius, la fresque du quatriènie siècle représentant la décapitation de trois martyrs, découverte. par le P. Germano dans la maison des SS. Jean et Paul, sur le Gelius. Germano di S. Stanislao, La Casa celimontana dei SS. martiri Giovanni e Paolo, 1892, fig. 44, p. 326. — 4. Décapitation de saint Achillée. Bas-relief du quatrième ou cinquième siècle de la basilique de sainte Pétronille au cimetière de Domitille. Buli. di archeol. crist., 1875, p. 7-10 et pl. IV.

5. Ulpien, au Dig., XLVIIT, xIx, 8. Il en est ainsi depuis Néron; car auparavant on rencontre des exemples de décapitalion par la hache : sénèque, De ira, U,6; Josèphe, De Bello Jud., HI, 12; Suétone, Claud., 98. — 6. La fresque de Pompéi, dans laquelle on a cru reconnaître le jugement de Salomon, porte bien l’image d’un billot : mais le bourreau tient à la main une sorte de hachoir, et l’acte qui se prépare

n’a aucun rapport avec le supplice légal de la décapitation. Voir la reproduction de cette fresque dans Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs.

conduit dans le champ de Sextus, et là, il se dépouilla de son manteau, fléchit le genou, et se prosterna en prière devant Dieu. Puis il ôta sa dalmatique, et la remit aux diacres. Revêtu d’une tunique de lin, il attendit le bourreau. Quand celui-ci fut venu, il ordonna aux siens de lui compter vingt-cinq pièces d’or '. Des draps et des serviettes furent étendus par les frères devant lui. Puis le bienheureux Cyprien se banda lui-même les yeux ?. Comme il ne pouvait se lier les mains, un prêtre et un sous-diacre, nommés l’unet l’autre Julien, luirendirent ce service. Et ainsi le bienheureux Cyprien fut exécuté 3. » Les exemples de ce supplice sont fréquents aux deux premiers siècles : saint Paul, Flavius Clemens et les autres nobles victimes de la persécution de Domitien ‘, le philosophe Justin et ses disciples,

4. On aimeraàlire le commentaire de ce don par un autre martyr, Thomas Morus. Voici ce que raconte son petit-fils, Cresacre More : « Sir Thomas, comme un qui a été invité à un banquet solennel, mit son plus beau costume, une superbe robe de soie que son parfait ami, M.Antoine Bonvisi, noble citoyen de Lucques, enltalie, luiavait envoyée pour la circonstance. Ce que voyant, lelieutenant de la Tour, qui comptait hériter de cette robe, lui conseilla de l'enlever, pour qu’elle ne tombât pas entre les mains d’un manant. «Comment, Monsieur le lieutenant, dit sir Thomas, comment voulez-vous que je tienne pour un manant celui quiva me rendre un service si signalé ? En vérité, je voudrais que la robe füt toute d’or, et ce ne serait pas de trop, car saint

= Cypr en, ce fameuxévêque de Carthage, donna à son bourreau trente

pièces d'or, pour l'inestimable bienfait qu'il allait lui procurer. » Et pourtant comme le lieutenant insistait, par amitié pour lui il ne voulut pas lui refuser cette bagatelles il changea de robe et en mit une de laine. Pourtant du peu d'argent qui lui restait, il réserva au bourreau un angelot d'or, pour bien montrer qu’il ne lui voulait pas* de mal. » Bremond, le Bienheureux Thomas More, p. 184.

2. Thomas Morus, aussi, se.banda lui-même les yeux. Ibid., p. 487.

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