Flagellis eos vexari pro ordine venatorum. Jbid
au milieu de l'arène, afin d’être vus de tous les spectateurs. On dressait non plus un bûcher de bois grossier, mais une véritable estrade, une sorte de petit théâtre, que surmontait un poteau. Un plan incliné, devant et derrière l’estrade, permettait aux fauves d'y monter aisément, pour assaillir le condamné. * Celui-ci leur était ordinairement livré sans défense, nu, les mains attachées au poteau. Des lampes et des médaillons de terre cuite portent la représentation d'hommes ou de femmes dans cette attitude !.
Bien que, tant que durèrent les persécutions, un sentiment de délicate réserve, peut-être aussi un calcul de sage prudence, ait empêché les chrétiens d'étaler, dans les peintures des catacombes ou sur les basreliefs de leurs tombeaux, les souffrances des martyrs, on y découvre cependant, en regardant de près, une allusion discrète à la manière dont ceux-ci étaient livrés aux bêtes. Une scène biblique fréquemment représentée est celle de Daniel dans la fosse aux lions de Balylone. Ordinairement, l'artiste semble préoccupé de rendre exactement les détails de cet épisode. Le prophète est montré debout, de plain-pied avec les lions, ou même dans une sorte de dépression, qui figure la fosse où se tenaient les bêtes féroces, le lacus leonum, selon l'expression de la Vulgate ?. Mais une fois, dans une fresque de la catacombe de
4, Bull. di arch. crist., 4879, pl. III; Mélanges De Rossi, p. 243; Mélanges d'histoire et d'archéologie de l'École française de Rome, 1390, p. 59. Mémoires de la Sociélé des antiquaires de France, 1812, p.144; Bulletin de la Société des antiquaires de France, 21 mai1893: Comptes rendus de l'Acad. des Inscriptions, 1909, p. 897-605. Le vase découvert en 1909, dans une sépulture à Thélepte, en Afrique, représente un condamné attaché à un poteau; un fauve, probablement un ours, cherche à l’atteindre; derrière lui s’avance un employé du cirque, armé d’un fouet. Devant le condamné on a placé le symbole chrétien de l'ancre, ce qui fait penser qu’il s’agit ici non d’un mallaiteur, mais d’un martyr.,— 2. Daniel, wi, 46; xIv, 30.
Domitille, peinte à la fin du premier siècle ou au commencement du second, Daniel paraît au contraire deboutsuruntertre, pendant quedeuxlions gravissent la pente pour se jeter sur lui *. Il y a là une inexactitude historique, qui ne peut être qu'intentionnelle. C’est volontairement que l'artiste a remplacé ici la fosse par un tertre. Il a voulu, sous les traits du pro phète hébreu, signifier le martyr chrétien : par un anachronisme flagrant, il a montré le premier livré aux bêtes, non dans la fosse de Babylone, mais sur l'élévation artificielle où l'on faisait monter le second?. Si cetie très ancienne fresque est postérieure au martyre de saint Ignace, qui périt en 107 à Rome sous la dent des bêtes, on croira volontiers que l'artiste s’en est souvenu ?. L’allusion est plus claire encore sur un verre gravé du quatrième siècle, trouvé à Rome en 1884 : bien qu'il n’en reste qu'un débris, on y reconnaît Daniel exposé aux lions : mais le prophète est représenté cette fois sur une petite estrade carrée 4. Evidemment le graveur sur verre, en traçant cette figure, a pensé à Rome, à Lyon ou à Carthage beaucoup plus qu’à Babylone.
Ainsi exposé, le condamné était à la merci des bêtes. Quelquefois elles le déchiraient sur l’estrade : quelquelois elles l’en arrachaient, et le traînaient le long de l'arène. Souvent le fauve, déjà gorgé de chair humaine, se montrait mou à l’attaque : plusieurs étaient successivement lancés, sans faire beaucoup de mal : ainsi à Carthage arriva-t-il au martyr - Saturus, qui, sur le pulpitum, fut en même temps que Saturninus attaqué d’abord par un léopard, puis par un ours, fut traîné ensuite par un sanglier, et
4. Bull. di arch.crist.,1865, p. 42.— 2. Cf. Bull. di arch. crist., 1884-
418835, p. 91. — 3. 1bid., p. 92. — 4, Jbid., pl. V-VI etp. 86-94; Bull. della commissione archeologica comunale di Roma, 1885,pl.VII-VIII et p.54.63-
seulement tout à la fin des jeux reçut d’un léopar
une morsure mortelle, qui le couvrit de sang !. Quelquefois le martyr, pressé d’aller à Dieu, était obl.gé d’exciter lui-même les bêtes féroces : c’est ce que fit à Smyrne Germanicus, qui, malgré les supplications du proconsul, lui demandant d’avoir pitié de
sa jeunesse, courut vers le fauve, le frappa, le mit | en colère, le força presque à le dévorer ?. Etre épargné par les bêtes fut la terreur de saint Ignace : | dans son admirable lettre aux Romains, où il exprime |
si éloquemment son désir d’être moulu par elles, comme le froment de Dieu, il s’écrie : « J'espère les trouver bien disposées : je les caresserai plutôt, pour qu'elles me dévorent sur-le-champ, et ne fassent pas comme pour certains autres, qu'elles ont craint de toucher. Si elles y mettent du mauvais vouloir, je les forcerai . » Mais, très souvent, les bêtes faisaient au martyr des blessures plus ou moins graves, sans le mettre à mort : on était obligé de l’achever. Ce fut, à Carthage, le sort de Perpétue, de Félicité et de Saturus. Perpétue, par un geste héroïque, appuya elle-même sur sa gorge le poignard d’un gladiateur novice, dont la main tremblait *. À Césarée, Hadrien, Eubulus, Agapius, après avoir été déchirés par un ours ou par un lion, durent aussi être mis à mort : les deux premiers furent égorgés, le troisième jeté à la merÿ.
Quelquefois même, c'est sans avoir reçu aucune blessure que des martyrs exposés aux bêtes étaient . Passio SS. Perpetluae, Felicitatis, 24.
Martyrium Polycarpi, 8.
Saint Ignace, Roin., 5.
. Passio SS. Perpetluae, Felicilatis, 1.
>, Eusèbe, De mart. Pal., 41.