‹ dix lecons sur le martyreChapitre 163 sur 201 · Origène, In Matth.comm. ser · texte numérisé non relu

Origène, In Matth.comm. ser

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crucifiés l’un en face de l'autre, qui vécurent pendant neuf jours, luttant contre le sommeil d'épuisement qui s'emparait d'eux, en proie à une soif ardente, ayant dans leurs derniers rêves des visions de boissons fraîches, qui les poursuivaient comme une ten-tation du démon {.

Un autre supplice fréquemment réservé aux martyrs pendant la dernière persécution fut la noyade, peine hypocrite et lâche que renouvela chez nous la. Terreur.

En 303, au lendemain du premier édit de Dioclé-. tien, des chrétiens « innombrables, » selon l'expression d’'Eusèbe, sont portés liés dans des barques : on les conduit en pleine mer, et onles jette au milieu des flots ?. À Rome, en 304, deux martyrs sont précipités d'un pont dans le Tibre, au-dessous de l'ile d'Esculape *. D'autres, en Egypte, sont jetés dans la mer. À Césarée, on noïe une jeune fille de dix-huit ans Ÿ. En Pannonie, Quirinus, évêque de Siscia, est jeté dans la Save, une meule attachée au cou f.

En Palestine, Ulpien, cousu dans une peau de

4, Passio SS. Timothei et Maurae, p. 316. Plusieurs des détails donnés par l’auteur de la Passion semblent n'avoir pu etre écrits qu’à une époque où l’on n'avait pas oublié les effets physiologiques ‘du crucifiement, aboli à la fin du règne de Constantin. Cf. La persécution de Dioclétien, 3° éd., t. I, p.372. Cette longue survivance sur la croix peut s'expliquer par ce fait qu’en Égypte, au dire de Xenophon d’Éphèse (IV, 2), les condamnés étaient souvent liés à la croix au lieu d'y être cloués. Cf. Pio Franchi de Cavalieri, Della furca sostituita alla croce, dans Nuovo Bull. di arch. crist., 1907, p. 84. — sur le: dernier vétement laissé aux crucifiés, voir le même article, p. 101- 401, 409, — 2. Eusèbe, Hist. eccl., NIIX, 6. — 3. Acta SS. Beatricis, Simplicii, Faustint, dans Acta SS., juillet, L. VIE, p. 47. — 4. Eusèbe, His. eccl., VII, 8. — 5. Eusèbe, De mart. Pal., T. — 6. Passio S. Quirint,s, -

bœuf, avec un chien et un aspic; en Cilicie Julien, enfermé dans un sac rempli de terre et de bêtes venimeuses, sont noyés !. La noyade n’est pas une peine régulière; la noyade d’un condamné cousu dans un sac, en compagnie d'animaux malfaisants, est la peine des parricides ?. Aucune loi, aucun édit ne l’a prévue pour les chrétiens. Elle ne peut leur être appliquée sans une flagrante illégalité. Mais que restait-il de légalité en un temps où l’empereur Galère, s’il faut ajouter foi au récit &e Lactance, avait aboli la mendicité dans ses États, en faisant noyer tous les mendiants °?

On se lasse d’énumérer les supplices que la rage des païens ne se lassait pas d'infliger aux martyrs.

Quelquefois, ils tombent victimes d’une émeute : à Carthage, la populace attaque Numidicus, sa femme et un groupe de fidèles, brûle les uns, laisse les autres écrasés sous des pierres 4; à Alexandrie, la fureur populaire lapide sainte Meta et sainte Quinta Ÿ, et précipite du haut d’une maison le martyr Sérapion ; à Rome, une barbare opération de police ou une émeute païenne mure vivants dans un caveau de catacombe des chrétiens qui assistaient aux saints mystères 1.

Mais la cruauté froide des magistrats l'emporte

1. Eusèbe, Demart. Pal., 5; saint Jean Chrysostome, Hom. de mart. S. Juliani. — 2. Modestin, au Digesle, XLVIII, 1x, 9. Cf. Code Justinien, IX, xvH, 1. Même pour les parricides, la noyade était tombée en désuétude sous l’Empire : Paul, Sentent., V, xxV. — 3. Lactance, De mort. pers., 23. — 4. Saint Cyprien, Ep. 83, — 5. Eusèbe, Hust. eccl., VI, 41. — 6, Ibid. — 7. Passio SS. Chrysanthi et Dariae, dans Acta :SS., t. X, p. 483, 487; Grégoire de Tours, De gloria martlyrum, I, 38.

en raffinements barbares sur la colère aveugle et spontanée du peuple. « Ta férocité, ton inhumanité, écrit saint Cyprien à un magistrat d'Afrique, ne peut se contenter des tourments en usage : tu as la méchanceté ingénieuse : tu inventes des peines nouvellesi. » Les magistrats, dit à son tour Eusèbe, parlant de l’Orient du quatrième siècle, imaginaient pour les chrétiens des souffrances auparavant inconnues, comme si chacun eût cherché à remporter sur ses ses collègues le prix de cruauté?.

A Antioche, on coupe la langue du diacre Romain, « supplice nouveau, » remarque Eusèbe 5, puis on l'étrangle 4. A Nicomédie, Dor2thée, Gorgonius et plusieurs autres sont aussi étranglés ÿ. En Arabie, des fidèles sont tués à coups de hache f, supplice interdit par les loist. En Cappadoce, on leur brise les jambes 8. En Mésopotamie, on les pend la tête en bas, au-dessus d’un feu lent °. A Alexandrie, on leur coupe le nez, les oreilles et les mains!°. Dans le

4. Saint Cyprien, Ad Demetrianum, 12. — 2. Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 42. — 3. « Nouveau » pour les Romains, mais on le voit infligé, probablement aussi à Antioche, par le roi de Syrie Antiochus, aux frères Machabées (II Machab., vu, 4 et suiv.). M. Vigouroux (La Bible polyglotte, t. VI, p. 832) publie, d’après Layard, un bas-relief assyrien représentant le même supplice. Même pour les Romains il n'était pas « nouveau », mais seulement tombé en désuétude au temps d’Eusèbe; car Cicéron parle d’un esclave crucifié exsecta lingua (Pre Cluentio, 66), et le médecin du second siècle Galien cite des maîtres qui punissaient par l’amputation ouau moins la mutilation de la langueles esclaves trop bavards (De plac. Hippocr. et Ptatonis, VI). — 4. Eusèbe, De mart. Pal., 41, 4. — La strangulation était un des plus vieux supplices romains (Salluste, Catilina, 55; Valère Maxime, V, 4; VI, 3), mais tombé en désuétude, car il n’en est pas question dans la législation impériale. 11 est renouvelé dans la Rome du cinquième siècle : en 498, le sénat fait étrangler Serena, veuve de Stilicon (Zosime, V,38). — 5. Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 6, 5. — 6. Ibid., 12.— 7. Voir plus haut, p. 283. — 8. Eusèbe, Hist. eccl., VII, 42. — 9. Ibid. — 410, Ibid. — Couper les mains n’est pas un supplice irrégulier : il était, au premier siècle, infligé aux déserteurs (Valère Maxime, II, vi. 44). On le retrouve au cinquième siècle; une Novelle de Majorien

306 DIX LECONS SUR LE MARTYRE. RE Ce

Pont, on leur enfonce des roseaux sous les ongles,

on leur verse du plomb fondu sur le dos, on leur déchire les entrailles'. Dans la Thébaïde, on les écorche avec des poteries brisées ?; des femmes, dépouillées de leurs vêtements, sont attachées la tête en bas à des machines qui les élèvent dans les airs #; des hommes ont les jambes liées à des bran- ches d'arbres qui, dénouées ensuite, s’écartent brusquement, les déchirant en deux *. Dans l'Arménie romaine, quarante soldats chrétiens sont gardés nus pendant une nuit d'hiver sur un étang glacé, puis jetés dans le feu ÿ. À la même époque, c'est-à-dire tout à la fin des persécutions, sous Licinius, vers 320, des chrétiens furent dépecés à coups d'épée, et jetés par morceaux aux poissons S.

Il n’est pas de cruelle fantaisie à laquelle l’imagination des juges et des bourreaux, lassée de la patience des martyrs, ne se soit appliquée. La loi leur en donnait peut-être le droit : la peine capitale, selon l'inquiétante définition d'un jurisconsulte du troisième siècle, « consiste à être jeté aux bêtes, à souffrir d'autres peines semblables, ou à être décapité 7. » Souffrir « d’autres peines semblables, » cela vonlait dire, pour les chrétiens, souffrir tous les tourments que la cruauté humaine, inspirée par l'enfer, peut inventer $.

(IV, 6) en punit le fonctionnaire qui aurait détruit des monuments antiques. — 4. Ibid. — 9. Ibid, 8. — 3. Ibid., 9, — 4, Ibid. — ÿ. Voir plus haut, p. 141.

6. Eusèbe, Hist. eccl., X, 8, 17; De vita Constantini, II, 2. Eusèbe qualilie encore cet « atroce » supplice de « nouveau genre de mort, » LALVOTÉONV TE}EUTYV.

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