Voir plus haut, p
4, Saint Jean, J Ep., 1, 4.
tous ont pu compter et vérifier les anneaux ininterrompus. Entre l'attestation qu'ils en donnent par leur sang, et la mort d'hérétiques qui refusent de renoncer à une opinion nouvelle, presque toujours étrangère à la tradition et destructive du fait chrétien, il n’y a pas de commune mesure. Quand même la sincérité et le courage seraient égaux, la valeur du témoignage est toute différente, ou plutôt les premiers seuls ont droit au titre de témoins !. Dans ce sens, le mot de Pascal est toujours vrai. Il ne dit pas : « Je crois tout homme qui se fait égorger pour une doctrine ; » il dit, avec cette propriété de termes et cette exactitude de pensée qui conviennent à la précision mathématique de son génie : « Je crois les histoires dont les témoins se font égorger. » Regardons maintenant de plus près ces témoins.
Les uns sont tout à fait de la première heure. {ls ont assisté à la vie, à la mort, à la résurrection du Christ. Ce sont ses apôtres, ses disciples immédiats, ceux qui l’entendirent prêcher en Galilée, ou le virent mourir à Jérusalem, ou le contemplèrent glorieux, après sa sortie du tombeau. Quand ces hommes bravent tous les périls, acceptent toutes les privations et toutes les fatigues, pour attester les faits extraordinaires qui se passèrent sous leurs yeux, consacrent ce qui leur reste de vie à conquérir des âmes à l'amour et au culte du Maître qu'ils ont connu, et enfin meurent en affirmant leur foi, il est . 4. L’antiquité chrétienne refusait le titre de martyr à i étaient hors de l'Église soit par le schisme, soit par L'hérétlée ee tyr esse non polest qui in Ecclesia non est, » dit saint Cyprien, De
ccl. cath. unilate, 84; cf. Ep. 36. La discipline primitive interdisait
aux fidèles de prier près de leurs sépultures, Ta Àeyéueve oprüpua mAytwy Toy alpetixdv. Concile de Laodicée (vers 380), canon 9.
difficile de douter d’un témoignage scellé par leur -sang. C'est ainsi que le reçut la toute première antiquité chrétienne. Elle en comprit et en proclama tout de suite la valeur. Le martyr Ignace écrit aux chrétiens de Smyrne : « Je sais et je crois qu’il fut dans la chair même après sa résurrection ; et quand il vint à Pierre et à ses compagnons, il leur dit: « Tenez-moi et touchez-moi, et voyez que je ne suis pas un esprit sans corps !. » Et aussitôt ils le touchèrent, et ils crurent, étant unis en sa chair et en
son sang. C’est pourquoi ils méprisèrent la mort, ou
plutôt ils furent supérieurs à la mort ?. » En d'autres termes, ils donnèrent leur vie en preuve d’un fait, parce que ce fait avait été vu et vérifié par eux.
A la suite de ces premiers témoins viennent ceux qui ont cru à leur parole, qui les ont entendus raconter ce qu'ils avaient vu, qui ont assisté aux prodiges opérés par eux, et qui de leurs entretiens, de l'enquête faite auprès des compagnons immédiats du Christ, ont emporté une conviction assez forte-pour lui sacrifier aussi leur vie. Ces seconds témoins sont innombrables. Les uns ont connu le miracle de la Pentecôte, et se sont convertis à la voix de saint Pierre prèchant sur les places de Jérusalem ; les autres ont reçu la foi des apôtres et des disciples qui la répandirent aussitôt dans les diverses provinces de l'Empire romain, et, vous vous en souvenez, l'avaient fait rayonner déjà sur tout le bassin de la Méditerranée trente ans après la mort du Christ. Quand ces auditeurs des premiers missionnaires de l'Évangile mouraient ensuite plutôt que d'aban-
A, Cf. saint Luc, xxiv, 39.
2, Saint Ignace, Smyrn. 3.
donner la croyance qu'ils avaient reçue d'eux, leur |
martyre méritait aussi sans doute le nom de témoi-
gnage : ils n’ont pas vu le Christ sur la croix, mais |
ils ont de sa vie ou de sa mort une connaissance aussi directe qu’aurait pu l'avoir, par exemple, du procès et de l'exécution de Louis XVI un provincial qui, n'étant pas à Paris au mois de janvier 1793. en aurait appris tous les détails d'un de ceux qui virent le Roi devant la Convention et sur l'échafaud, — d'un de ceux qui purent lire de plus près dans son âme, d’un Malesherbes ou d’un Edgewvorth.
Quelques uns des noms les plus célèbres de l'antiquité chrétienne feront comprendre comment le flambeau de la tradition se passait de main en main, avec une absolue certitude des faits éclairés par lui.
J’en citerai trois, à titre d'exemple, qui nous conduisent du premier au troisième siècle.
Voici d'abord saint Ignace. Ignace, le second évêque d’Aniioche, est un auditeur des apôtres, ou, comme disaient les anciens, « un homme apostolique. » Martyrisé sous Trajan, vers l'an 107, il connut probablement dans sa jeunesse saint Pierre et saint Paul, qui fondèrent l'Eglise d'Antioche, et put entretenir pendant son âge mür des rapports avec saint Jean. Lightfoot, dont l’admirable livre a jeté tant de lumière sur la vie et les écrits d'Ignace, place sa naissance aux environs de l'an 40, La phrase d'Ignace que je citais tout à l'heure montre l'émotion profonde que lui causèrent l’enseignement et le martyre des apôtres. Un mot d’une autre de ses lettres fait sentir l'impression de réalité que cet