Lightfoot, S. Ignatius and S. Polycarp., t. I, p
enseignement avait laissée sur son esprit. « Soyez sourds, écrit-il aux chrétiens de Tralles, à quiconque vous parle en dehors de Jésus-Christ, qui était de la race de David, qui était le fils de Marie, qui naquit vraiment, qui mangea et qui but, fut vraiment persécuté sous Ponce Pilate, fut vraiment crucifié, et mourut à la vue de ceux qui étaient dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre: qui de plus fut vraiment ressuscité des morts par son Père, — ce Père qui de même nous ressuscitera, nous tous qui croyons en lui‘. » Après avoir lu ces lignes, empreintes d’une inébranlable certitude, on s'explique la faim et la soif du martyre, l’ardeur à rendre témoignage, la volonté d’imiter la Passion du Christ, la hâte de rejoindre « son amour crucifié, » qui marquent de traits inimitables une autre lettre d'Ignace, la célèbre Épiître aux Romains.
Mieux connue encore que la vie d’Ignace est celle d'un autre auditeur des apôtres, Polycarpe, martyrisé sous Antonin le Pieux : son témoignage, issu également du témoignage apostolique, prolonge celui-ci jusqu'au milieu du second siècle. Quand le proconsul de Smyrne, en 155?, le pressa d'apostasier, en lui disant : « Jure, et je te renverrai libre. Insulte le Christ. — Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit le vieil évêque, et il ne m'a jamais fait de mal; comment pourrais-je injurier mon Roi et mon Sauveur ?? » Si, comme cela est probable,
4; Saint Ignace, Trall., 9.
2, La date de 155 pour le martyre de saint Polyearpe, établie par les calculs de M. Waddington, est presque universellement admise. Lightfoot, Harnack, la considèrent comme démontrée, Celle de 166, récemment proposée par Schmidt, paraît écartée par de nouvelles recherches de Ramsay et du P. Power, qui appuicnt fortement 455. Voir Analecta Bollandiana, 19038, p, 386-337; 490%, p. 479.
Polycarpe naquit de parents déjà chrétiens, l’âge auquel il était parvenu au moment de son martyre reporterait sa naissance à l'an 69. L’Asie proconsulaire, où il vécut, était, à cette époque, l’un des principaux centres religieux de la chrétienté. « Saint Jean y passa encore un quart de siècle après la prise de Jérusalem et y mourut dans une extrême vieillesse, au commencement du règne de Trajan (vers l’an 100). Ceux des apôtres et des disciples personnels du Christ qui avaient émigré dans ces parages furent enlevés l’un après l’autre par la mort, le laissant, à ce qu'il semble, dernier survivant de tous. Il rassembla des disciples autour de lui, ordonna des évêques et des prêtres, fonda de nouvelles Églises, faisant d'Éphèse son quartier général, mais visitant les contrées voisines, quand l’occasion le demandait. De ce cercle de disciples, Polycarpe fut le plus fameux. Longtemps après, c'était la joie de sa vieillesse de raconter à ses jeunes amis ce qu'il avait entendu dire à ces témoins oculaires de la vie terrestre du Sauveur, et particulièrement de rappeler les entretiens de l'apôtre saint Jean. Irénée, qui eut Polycarpe pour maître, parle de celui-ci « non seulement comme ayant été instruit par les apôtres et ayant vécu familièrement avec beaucoup de ceux qui avaient vu le Christ, » mais aussi comme « ayant été ordonné en Asie évêque de
Smyrne par les apôtres !, » c’est-à-dire probable- :
ment par saint Jean. Polycarpe pouvait avoir trente ans, ou même un peu plus, quand mourut ce dernier membre du collège apostolique ?. » Lorsque,
\ 4. Saint Irénée, Adv. Haeres., LI, 3, 4.