‹ dix lecons sur le martyreChapitre 171 sur 201 · Saint Ignace, Ephes · texte numérisé non relu

Saint Ignace, Ephes

l'Évangile organisé et vivant dans l'Église, pour lui rendre utilement le témoignage de la parole et le témoignage du sang. Après le troisième siècle, les chrétiens commencent à s'éloigner des origines. Les monuments matériels qui les constatent sont encore sous leurs yeux : rappelons-nous Caius montrant dans Rome, au commencement du siècle, les « trophées, » c’est-à-dire les tombeaux des apôtres !. Mais leur mé- moire ne peut plus remonter directement, comme celle des fidèles de l’âge précédent, vers les hommes dont la parole, remplissant la mission reçue du divin Maître, a jeté en tout lieu les fondements de l'Église. Seulement, cette Église est vivante, ils en sont membres, elle forme pour eux comme pour leurs adversaires le fait chrétien, et de la doctrine qu'il implique, de la vie surnaturelle qu’il a infusée dans les âmes, ils peuvent être, eux aussi, d’héroïques témoins. La foi pour laquelle ils meurent est tout ensemble la foi traditionnelle et leur foi potes tellement unies l’une à l’autre qu’elles ne font qu’un : c'est à elle que leur sang rendra témoignage pendant les persécutions de Dèce, de Valérien, de Dioclétien, témoignage si grand et si retentissant, qu'il finira par faire tomber le glaive des mains des persécuteurs. Et c’est à elle que rendront témoignage les martyrs des temps modernes, sur les échafauds de la Terreur comme sur les plages de l'extrême Orient : car la fécondité du témoignage n'est pas épuisée, et les veines de l'Église sont pleines encore d’un sang généreux, qui ne demande qu’à couler ?.

1. Caius, dans Eusèbe, Hist. eccl., II, 25, 7 2, Sur la polémique à laquelle ont donné lieu, dans les Annales de philosophie chrétienne, octobre et décembre 1996, les pages qui précèdent, voir The Month, déc. 1906, la Scuola cattolica de Milan,

4908, et les observations du R.P. Radaeli, dans la préface de Ja traduction italienne de ce livre.

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Un des caractères du témoignage rendu par les martyrs chrétiens est sa parfaite modération et la constance des principes qui y ont présidé.

Les hérétiques des premiers siècles ont beaucoup varié sur le martyre. Les uns s’y refusaient. C'est toute une partie des gnostiques, les sectes des Basilidiens et des Valentiniens. Pour le docétisme de ces rêveurs, il n'y avait que des apparences. Le Christ, selon eux, n'avait pas réellement souffert. Dès lors, à quoi bon souffrir pour lui? L’orgueil d’une science imaginaire passait avant les devoirs de la vie pratique. Aux yeux de ces « surhommes, » selon l'expression de Nietsche, la morale ne comptait pas. Ils s'estimaient supérieurs à ses préceptes : « l'or, disaient-ils, peut traîner dans la boue sans se souiller !: » De même ils jugeaient que « le véritable témoignage à rendre à Dieu, c’est de le connaître tel qu'il est, » et que « confesser

Dieu par sa mort est un suicide ?, » Quelques héré-

tiques allaient jusqu’à dire que l’apostasie est chose indifférente, et qu'il est permis de renier de bouche, pourvu que le cœur demeure fidèle $. Les Valentiniens prétendaient que le martyre ne peut être voulu d’un Dieu trop bon pour se réjouir de la mort du juste‘. Les Basilidiens enseignaient que

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