Tertullien, Scorptiac
les souffrances endurées par les chrétiens martyrisés n'étaient, le plus souvent, que la juste punition des péchés commis dans une précédente existence !. IL est vrai que d’autres gnostiques, sectateurs de Marcion, soutenaient des idées différentes : ils exaltaient les martyrs, et se glorifiaient d’en avoir produit un grand nombre?. L’enthousiasme du martyre anime jusqu’à l'excès une autre hérésie, qui de Phrygie passa en Occident, et séduisit le puissant esprit de Tertullien, Sombre, toujours tendu, le montanisme veut qu'on aille au-devant du martyre. Il condamne, comme un acte de défiance envers le Saint-Esprit, tout effort pour se dérober aux persécuteurs. Fuir devant eux est, pour lui, presque plus coupable encore que d’apostasier #. Pour les fanatiques du montanisme, la recherche du martyre devient, selon la juste expression de M. Renan, « une fièvre impossible à dominer { ; » — fièvre qui trouvera sa dernière forme dans les circoncellions du quatrième siècle : après avoir couru au-devant de ce qu'ils appelaient le martyre, ces enfants perdus du donatisme en venaient à courir simplement au-devant de la mort, au point d'arrêter les passants pour obliger ceux-ci à les assommer ou à leur
4, Voir les textes cités par Hort, art. Basilides, dans Dict. of christian biography, t. 1, p. 274-275.
2, Eusèbe, Hist. eccl., LI, 42; KV, 45 ; V, 16; De mart. Pal., 10. Cf, Tertullien, Adv. Marc., I, 27. — Mais on chercherait vainement sur quelle donnée statistique s'appuie un récent écrivain (A. Lavertujon, Petits essais de religion et d'histoire, 1899, p. 71) pour dire que les marcionites « fournirent à la persécution, pendant ies deux premiers siècles, une part proportionnelle de victimes bien supérieure à celle des autres groupes chrétiens, »
3, Tertullien, De fuga in persecutione.