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Renan, Marc Aurèle, p

324 à DIX LEÇONS SUR LE MARTYRE.

couper la gorge, dans l'espérance d'arriver plus vite en paradis !. ‘

Éloignement ou indifférence pour le martyre, fièvre maladive du martyre, entre ces deux extrèmes oscillent les hérésies des premiers siècles, privées comme toutes les hérésies de la base solide offerte par l'autorité traditionnelle et par la ferme discipline de l'Église.

Au contraire, sur la question du martyre tout, dans l'Église, est sain et pondéré. En Orient, en Occident, partout où se fait entendre sa voix, c'est pour tenir le langage de la foi immuable et de l'éternel bon sens: Aucun sophisme, comme aucune présomption ou aucune faiblesse, n'y trouve accès. Sur le devoir du martyre, il n’y eut jamais d’hésitation : nul prétexte ne saurait autoriser un chrétien à renier le Christ devant les pouvoirs publics ou devant les juges. Les renégats sont mis ou plutôt se mettent eux-mêmes hors de l'Église. Ils restent morts à ses yeux, jusqu’à ce qu'un acte de ferme et sincère repentir les fasse renaître à la vie?. Mais si elle impose le courage, l'Église ne demande pas la témérité. Pour plusieurs motifs, elle conseille la prudence en temps de persécution. L'un de ces motifs est l’humilité chrétienne, fondée sur la profonde connaissance et la quotidienne expérience du cœur humain. « L’esprit est prompt et la chair est faible, » avait dit l'É-

4. Saint Augustin, Ep. 185; Contra Cresconium, INT, 6; Théodoret, Haeret. fab., IV, 6, et les autres textes cités par F. Martroye, Une tentative de révolulion sociale en Afrique dans Revue des questions historiques, octobre 1904, p. 406-407, et par P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, t. IV, Le Donatisme, 1912, p. 91, 450,

470, 183. — 2. Lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne, dans Euvèbe, Hist. eccl., V, 4, 45.

vangile : ce sont souvent les plus présomptueux qui seront les plus lâches, et plusieurs des apostats sur lesquels eut à pleurer la société chrétienne furent précisément ceux qui avaient été s'offrir d’euxmêmes aux magistrats païens'. L'autre motif est suggéré par une charité délicate : il n’est pas bon de tenter quelqu'un de faire mal, par conséquent il n'est pas bon de fournir volontairement et inutilement aux persécuteurs une occasion de persécuter?. Ne jamais faiblir, mais se défier de soi-même et ne | point provoquer ou défier ses adversaires, telles furent les règles imposées par l'Église catholique à ses fidèles , pendant les siècles où elle se trouva en butte aux violences de l'Empire romain.

Que, dans l’ardeur généreuse du combat, ces règles n'aient jamais été transgressées, on ne saurait le prétendre : et, comme toutes règles, elles ont, en fait, admis ou subi des exceptions. Quelquelois c'est l'impulsion contagieuse de la foule : vous vous souvenez de ces chrétiens d’une ville d'Asie qui se présentent en masse au tribunal du proconsul, lequel, épouvanté de leur nombre, refuse de les juger $. D'autres fois, c'est l’inexpérience, l'enthousiasme candide de la jeunesse, ou même de l'enfance : les deux vierges charmantes de l'Espagne et de l'Italie, Eulalie et Agnès, s’enfuyant l’une et l’autre de la

maison paternelle pour se dénoncer aux persécuteurs. Ou bien, c’est la vaillance guerrière d’un vieux

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