‹ dix lecons sur le martyreChapitre 18 sur 201 · Ibid., VIT · texte numérisé non relu

Ibid., VIT

péninsule. Quand on réfléchit à la difficulté des communications à cette époque, les soixante évêques rassemblés par le pape Corneille paraissent indiquer en Italie une centaine d'évêchés !. Ceux-ci, du reste, ne sont pas également répartis": très nombreux depuis la pointe sud jusqu'à l’Apennin, ils paraissent, au contraire, même à la fin du troisième siècle, très clairsemés entre l’Apennin et les Alpes ?. Le christianisme se répandit beaucoup moins vite dans l'Italie du nord que dans celle du centre et du midi.

Portons maintenant nos regards sur l’autre grande contrée méditerranéenne, la Gaule. Nous verrons le christianisme y suivre une marche à peu près semblable. En Narbonnaise, au sud de la Lyonnaise, c’est-à-dire dans les contrées formant le bassin du Rhône et de la Saône, on trouve une première couche de fidèles, de qui la provenance hellénique ou asiatique est évidente. Le commerce maritime dont Marseille, grecque d'origine et de mœurs, était le grand port et Lyon le principal entrepôt, avait semé ces régions de véritables colonies, qui y entretenaient l'esprit de l'Orient. Le christianisme dut s’y insinuer par cette voie. La Gaule chrétienne entre tout à coup dans l'histoire par l’admirable lettre que les Églises de Lyon et de Vienne écrivent, en 177, à celles d'Asie et de Phrygie ÿ, et qui indique d'intimes relations et

5. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christenthums in den ersten drei Jahrhunderten, p. 501. Cette statistique ne saurait prétendre à une rigoureuse exactitude, mais n'est probablement pas loin de la vérilé. — 2. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. 1, p. 33-33; Fedele Savio, dans Rivist{a di Scienze storiche, Pavie, 190%, p. 206 ; F. Lanzoni, dans Rivista storico-critica di Scienze teologiche, 1905, p.496. — Bologne et Imola ont eu des martvrs peutêtre avant d’avoir eu des évêques. — 3. Eusèbe, Hist. eccl.. V, 1.

comme une sorte de parenté entre ces chrétientés si distantes. Parmi les martyrs alors immolés à Lyon. la moitié environ porte des noms grecs ! : quelquesuns sont indiqués comme venant d’Asie ? : beaucoup répondent en grec aux magistrats qui les interrogent *. La plus ancienne épitaphe chrétienne trouvée dans les Gaules, la célèbre inscription de Pectorius, au polyandre d’Autun, est non seulement grecque de langue, mais encore toute orientale de symbolisme et de pensée : elle forme, dans l'épigraphie chrétienne, le pendant de celle d’Abercius, à Hiérapolis de Phrygie ?. Cependant, sur ce fond primitif l'influence romaine, le « second reflet, » se reconnaît tout de suite. L’évêque de Lyon, Irénée, naquit à Smyrne : mais il a fait deux fois le voyage de Rome, etest en relations personnelles avec les papes. Le concile présidé par lui en 196 atteste que, pour la date de la célébration de la Pâque, les Églises des Gaules suivent l’nsage romain, et non l'usage asiatique 5. Cela suffit à montrer que si leurs premiers. groupes de fidèles sont vraisemblablement venus d'Orient, les traditions occidentales se sont vite imposées à eux. L’évangélisation postérieure de la Gaule va être toute latine, et sera vraisemblable-

4. De Rossi-Duchesne, Martyrologium hieronymianum, p. Lxvir- LXYHI.

2, Eusèbe, Hist. eccl., V, 4 (47, 19).

3. La relation contemporaine fait remarquer que l’un des martyrs, qui portait le nom latin de Sanctus, répondit tÿ Pouax} quvi, ce qui semble indiquer que la plupart des autres repondirent en grec (ibid., 20). Plus loin (44), la lettre dit que le purygien Attale répondit aussi 1% Pœopatxf pwvÿ : mais celui-ci, bien qu'originaire de l'Asie, était citoyen romain.

4. Sur les rapports entre l’épitaphe de Pectorius, au « polyandre » d’Autun, et l'inscription du phrygien Abercius, voir De Rossi, Inscript. christ. urbis Romae, . II, p. XVII-XXIV.

Page 1