Saint Ignace, Rom
2, Passio S. Pionti, 21.
comme si cela eût été d'une grande importance. Mais les chiens, les bêtes fauves, les oiseaux carnivores, dispersaient çà et là des membres humains, et remplissaient d’ossements et de viscères tous les alentours de la cité. Quelques-uns affirment avoir vu des débris de cadavres jusque dans les rues. Quand ces horreurs eurent duré plusieurs j jours, un prodige apparut. L'air était pur, le ciel serein; tout à coup, le long des colonnes qui soutiennent les portiques, des gouttes d’eau ruisselèrent; le pavé des places publiques se mouilla, bien qu'il ne fût tombé ni pluie ni rosée. Le peuple s’écria que la terre ellemême avait versé des larmes, ne pouvant supporter les impiétés qui se commettaient, et que les pierres, les choses privées de raison, âvaient pleuré, afin de toucher les cœurs barbares des hommes !. » Eusèbe en appelle au témoignage de tous ceux qui ont vu ces larmes des choses, lacrymae rerum.
Cependant les persécuteurs eurent quelquefois, pour interdire la sépulture aux chrétiens martyrisés, un autre motif qu'une rage bestiale ou une cruelle superstition. Ils s’irritaient des honneurs rendus aux martyrs, et voyaient un dangereux encouragement dans le culte dont l'Église entourait leurs reliques. Dès le second siècle, le père et le frère de l’irénarque de Smyrne demandent au proconsul d'Asie de ne pas déliver aux chrétiens le corps de saint Polycarpe, « de peur, disent ces païens dans leur ignorance, qu’ils n'abandonnent le Crucifié pour adorer celuici 2. » Les fidèles parviennent cependant à se pro-