Acta SS. Fructuosti, Augurii, Eulogit
4, Passio S. Philippi, 15.
5. Acta SS. Beatricis, Simplicii, Fauslini, dans Acta S5., juillet, t. VIL, p: 47.
pité, des draps et des serviettes !. Quand on ouvrit le tombeau de sainte Cécile, on trouva près de la martyre, couchée dans la pose gracieuse qu'a immortalisée le ciseau de Maderno, des linges tachés de son sang, qu'on avait enterés avec elle ?. Une peinture vue par le poète Prudence dans la catacombe de saint Hippolyte montre les fidèles recueillant avec des éponges le sang de ce martyr, qui avait coulé sur le sol ou rejailli sur les broussailles #. Une homélie de la fin du quatrième oudu commencement du cinquième siècle, en l'honneur du martyr Polyeucte, dit que « Néarque recueillit son sang précieuxetsacré, et, l'ayant enfermé dansunlinge brillant, letransporta dans la ville des Cananéotes #. » Lorsque, dans la dernière persécution, la sépulture était refusée aux martyrs, on inhumait avec honneur leur sang à défaut de leurs corps : c'est probablement un fait de ce genre que rappelle une inscription de Numidie : « Inhumation du sang des saints martyrs qui souffrirent dans la ville de Milève sous le président Florus, aux jours de l'épreuve de l’encens, » c’est-à-dire aux jours où les chrétiens étaient mis en demeure de brûler de l’encens en l’honneur des dieux ou de mourir :
sn te E DERURI TIO CRVORIS SANCTORVM MARTVRVM
QVI SVNT PASSI SVB PRESIDE FLORO IN CIV ITATE MILEVITANA IN DIEBVS TVRIFI CATIONIS... Ÿ
1. Linteamina vero et manualia. Acta proconsularia S. Cypriani, 5. Voir plus haut, p. 284. — 2. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 422. 131, on 3. Prudence, Peri Steph., XI, 441-144. — 4. Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3° éd. P. 545, — 5. Bull, di arch. crist., 4876, pl. III, n° 2.
Le refus de sépulture, dont les chrétiens essayaient, par des moyens héroïques, d’esquiver ou de corriger les rigueurs, caractérise l’époque de guerre à outrance, et comme la période révolutionnaire de l'histoire des persécutions. Ils appartiennent surtout aux premières années du quatrième siècle {. [1 y en eut quelques exemples pendant les siècles précédents, mais beaucoup plus rares. On peut dire en règle générale, et sauf exception, que l’inhumation des martyrs se fit librement? pendant les trois premiers siècles.
Quand on avait pu les confier à la terre, les corps. des chrétiens, même suppliciés, demeuraient à l'abri, sinon de toute violence populaire, du moins de toute profanation légale. « Que les cadavres qui ont reçu la juste sépulture, — c'est-à-dire qui ont été inhumés, — ne soient jamais troublés dans leur repos, » dit un rescrit de Marc Aurèle, qui s'applique à tous sans distinction *.
Comme, légalement, la sépulture d’un mort don-
1. Cela ne veut pas dire que ces refus fussent illégaux. En droit strict, après toute exécution capitale dirigée par un magistrat, les corps des condamnés restaient sans sépulture. Les textes juridiques sont formels à cet égard, et il y a ‘de cela de nombreux exemples en fait (voir Mommsen, Droit pénal romain, t. III, p. 338-340). Mais quand une demande régulière de sépulture se produisait, elle était le plus souvent répondue favorablement. Il en fut autrement pour les périodes violentes de persécution, et surtout pendant celle de Dioclétien.
2. Et même avec magnificence, car quelquefois leurs corps furent enveloppés dans des linceuls ou dés vêtements tissés d’or (sainte Cécile, saint Hyacinthe; Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 4° éd., p. 456; Les Dernières persécutions du troisième siècle, 3° éd., p. 398) quelquefois ils furent embaumés avec des aromates (Acta S. Eupli, %; Ruinart, p. 440).