‹ dix lecons sur le martyreChapitre 187 sur 201 · Marcien, au Digeste, XI, Yi · texte numérisé non relu

Marcien, au Digeste, XI, Yi

nait à l'emplacement sur lequel elle était établie le caractère « religieux, » c'est-à-dire le mettait hors du commerce, le rendait inaliénable !, il importait d'en bien fixer les limites. C’est pourquoi nous lisons, sur un très grand nombre d'anciennes épitaphes, la mesure du terrain funéraire : tant de pieds en largeur, tant de pieds en longueur, ëx fronte pedes.., in agro pedes…. Ces terrains variaient d’étendue : il y en avait qui étaient de véritables pares, contenant plusieurs arpents, d'autres qui avaient les dimensions restreintes des sépultures modernes. Quelques documents de l’antiquité chrétienne montrent les fidèles se conformant à ces usages, au moment de choisir le lieu du tombeau d'un martyr. Lorsque Alexandre, évêque de Baccano — village de Toscane situé à vingt milles de Rome — fut mis à mort pour la foi par ordre de Caracalla, un de ses amis obtint d'un propriétaire voisin du lieu du supplice la concession d’un terrain sépulcral de trois cents pieds. carrés ?. Le poète Prudence, racontant le martyre de saint Hippolyte, dit qu'après avoir recueilli ses membres déchirés, les chrétiens « mesurèrent le terrain dont ils avaient fait choix pour y établir son tombeau, » metando eligitur tumulo locus ÿ.

Etablies le plus souvent dans le domaine de quelque riche et généreux fidèle, beaucoup de ces sépultures des martyrs furent le noyau de cimetières chrétiens, qui se développèrent autour d'elles. La plupart des moyennes ou petites catacombes de-Rome,

1, Caius, Instit., LI, 4, 6, 9. :

2. Passio S. Alevandri, dans Actæ SS., septembre, t. VI, p. 235 3. Prudence, Peri Stephanôn, KI, 451

et beaucoup des cryptes dont la réunion forma les plus grandes, eurent cette origine. Ce que nous savons des plus anciens tombeoux des martyrs montre qu’ils n'étaient pas dissimulés. Les illustres Flaviens, martyrs ct confesseurs de la foi au premier siècle, ont leur caveau funéraire près de Rome, sur la voie Ardéatine : on y accédait par une entrée monumentale encore conservée !. « Je puis, écrivait au commencement du troisième siècle le prêtre romain Caïus, je puis montrer les trophées des apôtres : si vous allez soit au Vatican. soit sur la voie d’'Ostie, vous apercevrez les trophées de ceux qui ont fondé

l'Église de Rome ?, » c'est-à-dire les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, reconnaissables à quelque signe extérieur, cippe ou mausolée, qui se voyait encore un siècle et demi après leur martyre.

Les chrétiens ne rencontraient donc, en temps ordinaire, aucune difficulté pour la sépulture d'un martyr : soit qu'ils le déposassent dans un monument nouveau, sepulcrum novum, comme disent souvent les Actes, et procédassent alors à la délimitation régulière et légale dont je viens de parler, soit, ce qui arrivait fréquemment aussi, qu'ils l’inhumassent - dans un des cimetières administrés par l’autorité ec- clésiastique au nom de la communauté chrétienne. La loi leur permettait même de rapporter d’exil, avec l'autorisation de l’empereur, les restes des martyrs et des confesseurs qui y avaient succombé#. C'est ainsi que le pape Pontien, dont l’épitaphe a été retrouvée dans le cimetière de Calliste, fut ramené

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