‹ dix lecons sur le martyreChapitre 193 sur 201 · Cf. Bull. di arch. crist., 1875, p · texte numérisé non relu

Cf. Bull. di arch. crist., 1875, p

3, Voir Marucchi, Les calacombes romaines, p. 192, 214, et le P. Delehaye, Origines du culle des martyrs, p. 128-129.

Cependant M. de Rossi est parvenu, le plus souvent, à déchiffrer cette éloquente muraille. Toute une efflorescence de piété populaire y éclate. « C'est ici, écrit un pèlerin, la vraie Jérusalem, parée des martyrs du Seigneur. » « Vis dans le Christ, » « vis en Dieu, » «vis dans l'Éternel, » « sois en paix, » écrivent d’autres chrétiens, pensant à des morts chéris. C'est surtout à saint Sixte que s’adressent les prières. Décapité dans le cimetière de Prétextat, de l’autre côté de la voie Appienre, Sixte IT avait été transporté dans le caveau des papes, et au fond du caveau avait été dressée la | chaire, teinte de son sang, sur laquelle il reçut le | coup mortel. « Souviens-toi de nous dans tes | prières, » in mente habeas in orationibus, lui disent, en écrivant leur nom ou celui de leurs amis, un grand nombre de visiteurs. « Prie pour Marcien, mon fils adoptif, » écrit l’un d’eux. Un autre supplie le martyr d'obtenir à son père et à ses frères l'éternel repos, l'union avec le Bien suprême. Un autre |

demande pour Verecundus et les siens une heureuse navigation. Beaucoup d’invocations restent inachevées, ou sont devenues illisibles, semblables à des prières balbutiées, dont les lèvres humaines hésitent | à trouver la formule, mais que d'avance entend le cœur de Dieu.

Nous pouvons, à quinze siècles de distance, suivre en quelque sorte à la trace, dans les galeries et les chambres du cimetière de Calliste, un de ces pieux visiteurs. Il y était venu prier pour une certaine Sophronie, — sa femme, ou sa fille, ou sa mère. Avant d'entrer dans le vestibule du principal sanc-|

4. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 43-20 et pl. XXIX-XXXIV.

tuaire, il écrit : Sofronia… pibas cum tuis, « Sophronie, puisses-tu vivre avec les tiens! » Un peu plus . loin, sur la porte d’une autre chapelle, il réitère le même souhait, mais en lui donnant une forme plus religieuse : Sofronia (vivas) in Domino, « Sophronie, . puisses-tu vivre dans le Seigneur! » Plus loin encore, près de l’arcosolium d’une autre chapelle, il trace en caractères plus larges, plus réguliers, en grandes lettres monumentales, cette tendre affirmation : So- - fronia dulcis, semper vives Deo, « ma douce Sophro- nie, tu vivras toujours en Dieu; » et, im médiatement au-dessous, il répète encore, comme ne pouvant se détacher de cette pensée : Sofronia vives, « oui, Sophronie, tu vivras. » Il semble qu’en parcourant

cette région souterraine, embaumée par le souvenir

de saint Sixte, de sainte Cécile, du pape Fabien,

martyrisé sous Dèce, du pape Pontien, mort en exil,

et de tant de martyrs inconnus, le pèlerin ait éprouvé - tour à tour des sentiments divers. Venu plein d’in- L quiétude pour le salut spirituel ou temporel de celle - qu'il aimait, il a senti peu à peu l’angoisse se chan- : ger en espérance, celle-ci devenir une douce confiance, se transformer enfin en certitude, s'affirmer par un cri de triomphe de l’amour illuminé par la foi. De son pèlerinage aux tombeaux des martyrs il est revenu avec la conviction que sa prière était exaucée !.

| Après la paix de l'Église, pendant tout le quatrième siècle, les pèlerinages se continuent aux tom-

1. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 259; t. II, p. 15 et pl. XXXI, 2, 4, 7, -

beaux des martyrs, martyrs des persécutions anciennes, martyrs des persécutions récentes, martyrs dont les reliques, parfois cachées avec un soin pieux pour les soustraire aux profanations !, viennent d’être retrouvées parles chefs les plus éminents de l'Église, par Ambroise à Milan ? ou par Damase à Rome à. Partout leurs chambres sépulcrales se montrent agrandies, embellies, ornées de marbres, de pein-

tures, de mosaïques, de métaux précieux. Des souve-

nirs de leur martyre y sont quelquefois placés. Des inscriptions commémoratives s’y lisent, quelquesunes en vers, par lesquelles sont préservées de l'oubli des traditions d’une grande valeur. Devantles tombes, transformées en autels, brülent des lampes pleines d’une huile parfumée. Aux angles des corridors souterrains qui y conduisent, d’autres lampes brillent, dissipant les ténèbres : c'est par des escaliers élargis, par des chemins illuminés, que la foule se répand en chantant dans les cimetières pour y visiter les tombeaux des victorieux qui ont conquis par leur sang la liberté des âmes ÿ.

4. De Rossi, Roma sotterranea,t.1, p.213. —2. Saint Ambroise, Ep, 22: De exhortatione virginitatis, 1,2.— 8. « Quaerilur, inventuscolitur, »

dit l'éloge damasien de saint Euticius; Inscr. christ. urbis Romae, t t. II, p. 66, 105, 441. — « Extremo tumulus latuit sub aggere montis, » | dit l’une des inscriptions mises par Damase dans la crypte des saints à

Protus et Hyacinthe; et l’autre ajoute : « Sanctorum monumenta vides patefacta. » Ibïd., p. 30, 10%, 408. — 4. Près du tombeau de saintSixte, au cimetière de Calliste, fut posée la chaire Sur laquelle il avait été décapité dans le cimetière voisin de Prétextat. De Rossi, Roma sollerranea, t. 1, p. 88-92. — 5. De Rossi, Roma sotlerranea, t. III, p. 471. -- Autre marque (mais dont il n'existe que de rares exemples) de dévotion aux martyrs : à Salone, on rappelle sur le tombeau de l'évêque Primus, comme un titre d'honneur, sa parenté avec le martyr Domunion (immolé en 299 ou 30%) : Depositus Primus episcopus…. nepos Domniones martlores. Voir Nuovo Bull. di arch. crist., 4900, p. 278; Corp. inscr. lat., t. III, 14897; Zeiller, Les Origines chré: tiennes dans la province romaine de Datmatie, p- 15-17,

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