‹ dix lecons sur le martyreChapitre 196 sur 201 · Ibid., 213. Cf. XI · texte numérisé non relu

Ibid., 213. Cf. XI

« Que le seigneur Hippolyte t'obtienne le rafraîchissementi, » « que les martyrs Janvier, Agatopus, L Felicissimus te rafraîchissent?, » écrivent des survi- ! vants, attestant par la même prière la foi dans l’intercession des saints et la croyance au purgatoireÿ.

= Ce ne sont pas seulement des épitaphes gravées - sur le marbre, ce sont des invocations hâtives, tracées - à la pointe du stylet sur le stuc même des murailles, qui témoignent, dans les catacombes, de la foi des = pèlerins en l’invocation des martyrs. Dans les cime- tières où ceux-ci ont reposé, on rencontre de ces marques de la piété populaire aux alentours de leur - tombeau 4. Devant la chapelle funéraire des papes, » au cimetière de Calliste, la muraille est toute couverte d’écritures. En attendant l'heure de pénétrer dans le sanctuaire, Les visiteurs y ont tracé leurs demandes et leurs souhaits. Si les graffiti griffonnés au charbon ou au stylet sur les murs des casernes, des

* théâtres ou des maisons de Pompéi, des prisons et . des casernes de Rome païenne, ou dans les édifices - ruinés du Palatin, nous renseignent sur les passions 5 qui agitaient l'âme antique, sur ses goûts, sur ses ambitions, et surtout sur ses vices, les graffiti des

ft

catacombes nous ouvrent, en revanche, les jours les plus intéressants sur l'âme du peuple chrétien. Ces invocations, ces acclamations, en latin familier, d’une écriture souvent inhabile, se croisent, s’entremélent, montent les unes sur les autres, et semblent poser à - la patience du paléographe d’ nsola bles problèmes.

… 41. Bosio, Roma sotterranea, p. 409.

… 9. Bull. di arch. crist., 1863, p. 2-4, 3. Cf. Bull. di arch. crist.s 1875, p. 20-21, 27. . 4, Voir Marucchi, Les calacombes romaines, p. 192, 214, et le - p, belehaye, Origines du culle des martyrs, p. 128-129.

Cependant M. de Rossi est parvenu, le plus souvent,

à déchiffrer cette éloquente muraille. Toute une) orosébnos de piété populaire y éclate. « C'est ici, | écritun pèlerin, la vraie Jérusalem, parée des martyrs du Seigneur. » « Vis dans le Christ, » « vis en Dieu, » «vis dans l'Éternel, » « sois en paix, » écrivent d'autres | chrétiens, pensant à des morts chéris. C’est surtout à| saint Sixte que s’adressent les prières. Décapité dans | | le cimetière de Prétextat, de l'autre côté de la voie! Appienne, Sixte II avait été transporté dans le caveau | des papes, et au fond du caveau avait été dressée la chaire, teinte de son sang, sur laquelle il reçut le coup mortel. « Souviens-toi de nous dans tes prières, » in mente habeas in orationibus, lui disent, en écrivant leur nom ou celui de leurs amis, un grand nombre de visiteurs. « Prie pour Marcien, mon fils adoptif, » écrit l’un d’eux. Un autre supplie le mar= tyr d'obtenir à son père et à ses frères l'éternel repos, l'union avec le Bien suprême. Un autre demande pour Verecundus et les siens une heureuse navigation. Beaucoup d’invocations restent inachevées, ou sont devenues illisibles, semblables à des prières balbutiées, dont les lèvres humaines hésitent à trouver la formule, mais que d'avance entend le cœur de Dieu.

Nous pouvons, à quinze siècles de distance, suivre en quelque sorte à la trace, dans les galeries et les chambres du cimetière de Calliste, un de ces pieux visiteurs. Il y était venu prier pour une certaine Sophronie, — sa femme, ou sa fille, ou sa mère. Avant d'entrer dans le vestibule du principal sanc-

4. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 43-20 et pl. XXIX-XXXIV.

tuaire, il écrit : Sofronia.… vibas cum tuis, « Sophro- | nie, puisses-tu vivre avec les tiens! » Un peu plus | loin, sur la porte d’une autre chapelle, il réitère le e même souhait, mais en lui donnant une forme plus religieuse : Sofronia (vivas) in Domino, « Sophronie, D puisses- -tu vivre dans le Seigneur! » Plusloin encore, près de l’arcosolium d'une autre chapelle, il trace - en caractères plus larges, plus réguliers, en grandes

| lettres monumentales, cette tendre affirmation : So- . fronia dulcis, semper vives Deo, « ma douce Sophronie, tu vivras toujours en Dieu; » et, im médiatement au-dessous, il répète encore, comme ne pouvant se détacher de cette pensée : Sofronia vives, « oui, Sophronie, tu vivras. » Il semble qu’en parcourant cette région souterraine, embaumée par le souvenir de saint Sixte, de sainte Cécile, du pape Fabien, martyrisé sous Dèce, du pape Pontien, mort en exil, et de tant de martyrs inconnus, le pèlerin ait éprouvé tour à tour des sentiments divers. Venu plein d'inquiétude pour le salut spirituel ou temporel de celle qu'il aimait, il a senti peu à peu l’angoisse se changer en espérance, celle-ci dévenir une douce confiance, se transformer enfin en certitude, s'affirmer par un cri de triomphe de l’amour illuminé par la foi. De son pèlerinage aux tombeaux des martyrs il est revenu avec la conviction que sa prière était exaucée !,

Après la peix de l'Église, pendant tout le quatrième siècle, les pèlerinages se continuent aux tom-

4. De Rossi, Roma sollerranea, L. I, p. 259; t. II, p. 45 et pl. XXXI, 2, à, T

beaux des martyrs, martyrs des persécutions an= | ciennes, martyrs des persécutions récentes, martyrs | dont les reliques, parfois cachées avec un soin pieux | pour les soustraire aux profanations !, viennent d’être retrouvées parles chefs les plus éminents del” Église, par Ambroise à Milan ? ou par Damase à Rome.

Partout leurs chambres sépulcrales se montrent agrandies, embellies, ornées de marbres, de pein- | tures, de mosaïques, de métaux précieux. Des souvenirs de leur martyre y sont quelquefois placés {. Des inscriptions commémoratives s’y lisent, quelquesunes en vers, par lesquelles sont préservées de l'oubli des traditions d’une grande valeur. Devant les tombes, transformées en autels, brülent des lampes pleines d’une huile parfumée. Aux angles des corridors souterrains qui y conduisent, d’autres lampes brillent, dissipant les ténèbres : c'est par des escaliers élargis, par des chemins illuminés, que la foule se ré- | pand en chantant dans les cimetières pour y visiter les tombeaux des victorieux qui ont conquis par leur sang la liberté des âmes ÿ.

4. De Rossi, Roma sotterranea;t.I, p.213.—2. Saint Ambroise, Ep. 29; De exhortatione virginitatis, 1,2. —3.« Quaeritur, inventus colitur, » dit l'éloge damasien de saint Euticius; Inscr. christ. urbis Romae, t. II, p. 66, 405, 441. — « Extremo tumulus latuit sub aggere montis, »dit l’une des inscriptions mises par Damase dans la crypte des saints Protus et Hyacinthe ; et l’autre ajoute : « Sanctorum monumenta vides patefacta. » Ibid., p. 30, 10%, 408. — 4. Près du tombeau de saintSixte, au cimetière de Calliste, fut posée la chaire sur laquelle il avait été décapité dans le cimetière voisin de Prétextat. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 88-92. — 5. De Rossi, Roma sotterranea, . II, p.477. — Autre marque (mais dont il n’existe que de rares exemples) de dévotion aux martyrs : à Salone, on rappelle sur le tombeau de l’évêque Primus, comme un titre d'honneur, sa parenté avec le martyr Domunion (immolé en 299 ou 304) : Depositus Primus episcopus.…. ne-! pos Domniones marlores. Voir Nuovo Bull. di arch. crist., 4900, p. 278; Corp. inscr. lat., t. III, 14897; Zeiller, Les Origines chré: iiennes dans la province romaine de Dalmatie, p. 15-47.

Maïs les chambres funéraires, même agrandies, sont trop étroites pour contenir tous ceux qui veulent s’agenouiller devant le sépulcre, poser leurs lèvres sur son marbre vénéré, emporter dans un linge un peu de sa.poussière, ou dans une fiole quelques gouttes d'huile de la lampe, seules reliques permises en un temps où l’on ne consentait point à diviser les corps des martyrs !. À côté ou au-dessus du caveau des plus célèbres témoins du Christ, des basiliques assez vastes pour recevoir la multitude des pèlerins dressent maintenant les colonnes de leurs nefs, qui soutiennent des toits aux plafonds dorés?. C’est là qu'aux jours anniversaires, fixés par les calendriers dans lesquels les Églises, dès le lendemain des persécutions, ont reconstitué leurs plus glorieux souvenirs, la mémoire des martyrs, protecteurs des fidèles, protecteurs de la cité, est célébrée avec une ferveur que le temps n'affaiblit pas. Les plus célèbres orateurs de la chrétienté triomphante ont parlé dans ces nouveaux sanctuaires des martyrs, et y ont fait entendre leur panégyrique : les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Grégoire de Nysse, les Jean Chrysostome en Orient, les Augustin en Afrique, les Am-

/broise à Milan, les Grégoire le Grand à Rome. On

Page 1