PRÉFACE
Le livre que nous entreprenons de présenter au public : Dix leçons sur le martyre, est du nombre de ceux qui peuvent se produire tout seuls sur la scène, parce que, n’ayant rien à redouter des traits de la plus rigoureuse critique, ils sont sûrs de plaire dès les premiers pas par l'accent de sincérité et de vérité qui les anime. Aussi aimons-nous à croire qu’en nous demandant de faire connaître son œuvre aux lecteurs, l’auteur a plutôt songé à nous qu’à lui-même, et qu'il a surtout cherché une nouvelle occasion de servir les intérêts de notre Institut catholique. Déjà il l'avait fort honoré en y attirant, l'hiver dernier, de nombreux auditeurs qui sont revenus jusqu’à dix fois pour l'entendre et lui sont demeurés fidèles jusqu’au bout. Il a voulu sans doute l’honorer davantage encore en plaçant le recueil de ces conférences sous le patronage,
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quel qu’il soit, de son Recteur, et en augmentant
ainsi la série déjà longue des ouvrages sortis du
même foyer d’études pour la défense de nos saintes croyances.
M. Paul Allard est trop avantageusement connu du monde savant pour qu’il soit nécessaire de faire son éloge. Ses ouvrages antérieurs lui ont assigné l’une des premières places parmi nos apologistes contemporains. Non seulement ses travaux sur les persécutions lui ont valu des lecteurs et des admirateurs dans les rangs des catholiques, mais les adversaires mêmes de notre foi ont, en maintes rencontres, rendu hommage aux qualités maîtresses qui le distinguent, à l'étendue de son érudition, à la sûreté de sa critique, à la solidité de son argumentation, à la modération de ses conclusions, et tout ensemble à la courtoisie dont il ne se départ jamais en face d’un ennemi ou d’un contradicteur,
Ses Dix leçons sur le martyre vont ajouter un heureux complément à ses premiers travaux apologétiques.
Rien de plus simple et de moins compliqé que cet ouvrage. C’est l'exposé, sous ses multiples aspects, de ce grand fait historique : La mort violente d’une multitude innombrable de chrétiens, de tout âge, de tout sexe, de tous pays et de toutes conditions, qui ont volontairement
PRÉFACE vu rendu témoignage à Jésus-Christ, à sa vie, à sa mort, à sa résurrection et à la vérité de sa doctrine, et qui ont préféré perdre la vie plutôt que de renier leurs convictions religieuses.
Le martyre, c'est-à-dire le témoignage rendu par la souffrance, le sang et la mort à la vérité d’un fait et à la divinité d’une doctrine, est la propriété exclusive du christianisme. Pas de mar- . tyr de la philosophie, pas de martyr du paganisme, pas de martyr proprement dit même dans le judaïsme. Seuls les chrétiens ont sacrifié leur vie, et ils l'ont fait en masse, pour affirmer la réalité des faits fondamentaux et des doctrines de leur religion, dont ils ont voulu être les témoins et les répondants.
Ce témoignage entrait dans les plans du fondateur du christianisme, comme preuve de la réalité de ses origines et de la transcendance de sa doctrine. En envoyant ses apôtres à travers le monde, Jésus-Christ l'avait lui-même réclamé de leur part en faveur de sa personne et de sa mission : « Vous serez mes témoins jusqu'aux extré- mités de la terre. » C’est jusqu’à ce point qu’il exigeait et l'adhésion de leur esprit et la fidélité de leur volonté.
Il s'agissait donc pour l’auteur d'établir comment les disciples du Christ lui ont rendu le témoignage qu'il demandait, et de faire ressortir .
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Ja force démonstrative qui s'attache à ce témoignage en faveur de la divinité de la religion chrétienne.
Cette démonstration, il l’a faite avec toute l'ampleur et toute la force qu’exigeait un sujet de cette importance. Motifs qui ont amené ce témoignage, lieux qui en ont été le théâtre, nombre et qualité de ceux qui l’ont rendu, procédure suivie contre eux, tortures et supplices qu'ils ont endurés, impression produite sur l'esprit de leurs contemporains, honneurs prodigués à leurs restes, conclusions qui s'imposent, aucune de ces questions n’a été laissée sans examen ou sans réponse.
Le martyre ayant suivi le développement du christianisme, il paraissait naturel de jeter d’abord un rapide coup d’œil sur l’expansion de la foi chrétienne dans le monde antique pendant les trois premiers siècles. L'auteur l’a fait avec une grande érudition.
Il ne se borne pas à cette première impression que le christianisme serait devenu presque tout de suite universel : il la ramène à une vue plus précise. Par l’étude des textes, il établit la graduation de cette diffusion, plus rapide en certaines contrées, plus lente en d’autres. Il retrace ainsi le mouvement géographique du christianisme d’abord dans l'Empire romain, à travérs