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PRÉFACE IX

la Grèce, l'Italie, la Gaule, la Grande-Bretagne,

la Germanie, la Sarmatie, la péninsule Ibérique, l'Afrique du Nord, l'Égypte et les vastes provinces de l’Asie occidentale. Puis il complète cette carte, ou ce théâtre du martyre futur, par Pexposé des progrès de la foi chrétienne dans les pays placés en dehors de l'Empire. Fait historique vraiment exceptionnel et qui se dérobe aux explications ordinaires, spectacle vraiment unique que celui de la marche progressive d’une doctrine qui savait se faire accepter dans les milieux les plus différents et les plus hostiles les uns aux autres, qui s implantait dans toutes les eivilisations, qui s’adaptait aussi facilement et aussi exactement aux intelligences les plus raffinées et aux esprits les plus frustes, qui s’imposait à des natures corrompues, auxquelles elle n’apportait que le sacrifice de leurs passions et une sorte de candidature au martyre, et qui triomphait de tous les obstacles et de toutes les persécutions, n'étant elle-même en apparence que faiblesse et impuissance.

Outre cette vue d'ensemble de la rapide propagation de l'Évangile, il était d’un haut intérêt de constater à quelles classes sociales appartenaient les innombrables témoins de la divinité de Jésus-Christ; car de cette constatation devait découler une connaissance plus exacte encore du

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degré de pénétration des diverses elasses de la société par le christianisme.

Il est frappant de voir, d’après les documents que nous livre l’auteur, que le christianisme, loin d'être, comme plusieurs se le persuadent, une religion démocratique, qui se serait développée d'abord et longtemps chez les petites gens, pour ne monter que plus tard vers les plus hauts sommets de la société, s'adresse au contraire, dès ses débuts et par la bouche même des apôtres, à tous les hommes sans distinction, pauvres et riches, savants et ignorants; qu’à peine né, il franchit d’un bond l'horizon juif, atteint les sommets du monde romain, et se recrute des adhérents, bientôt même des martyrs, à tous les étages sociaux.

Il fait d'innombrables conquêtes parmi ces êtres méprisés qui s’appelaient les esclaves, il leur prêche le sentiment du devoir, il relève leur obéissance jusqu’à la soumission volontaire à l'autorité divine, il adoucit leur sort en faisant comprendre à leurs maîtres qu'ils sont leurs égaux spirituels devant Dieu; jusqu’au jour où il brisera leurs fers, il les habitue à prendre une âme d’hommes libres. Aussi ces êtres, jadis parias dégradés, s'élèvent rapidement jusqu’à l'héroïsme, et de leurs rangs sortent de glorieux confesseurs de la foi.

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Au dessus des esclaves, le christianisme offre un asile aux petites gens, aux humbles du monde du travail; les gens d’affaires de la classe moyenne s’y précipitent en foule, parce qu'ils y trouvent plus de satisfactions pour leurs aspira- tions religieuses et morales et même plus de sécurité pour leurs besoins matériels.

De bonne heure, les hommes d'armes viennent à la foi nouvelle et les armées se remplissent de chrétiens. L’aristocratie elle-même lui ouvre ses rangs, et elle s'implante solidement jusque dans le palais des Césars. Puis ce sont les hommes d'étude qui se convertissent, lentement, mais ‘ sûrement : orateurs, grammairiens, rhéteurs, philosophes, médecins, jurisconsultes, ils cherchent une doctrine qui réponde aux aspirations de leur âme; dès qu’ils ont trouvé la perle précieuse, ils rejettent avec mépris leurs précédentes superstitions, embrassent la foi chrétienne, la défendent par la parole et par la plume contre les préventions populaires, contre les arguties des légistes, contre les raisons de la philosophie, contre la tyrannie impériale, et créent ainsi un genre littéraire jusque-là inconnu, qui renferme plus d’un chef-d'œuvre.

Grâce à ce merveilleux développement de la foi, la vie se déplace et passe peu à peu de la société civile dans l’Église. En prenant posses-

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