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christianisme, à peine né, se répandit dans l'Empire romain et hors de l'Empire, l’apostolat et le martyre marchant, pour ainsi dire, du même pas, et la conquête chrétienne entièrement achevée dans beaucoup de pays longtemps avant la fin des persécutions.
Parallèle à cette expansion géographique du christianisme est sa pénétration sociale, qui se fit partout à ia fois, chez les civilisés et chez les barbares, chez les igncrants et chez les lettrés, chez les esclaves et le petit peuple comme dans l'aristocratie et la haute bourgeoisie, par une égale adaptation aux intelligences et aux conditions de vie les plus différentes.
Ce double fait est d'autant plus digne de retenir l'attention, qu’en se faisant chrétiens les convertis savaient à quoi ils s'engageaient. Aucun d'eux n'ignorait que la religion nouvelle exposait ceux qui l'avaient embrassée à être traités comme des ennemis de l'État et des dieux, à être chargés par l'imagination populaire des plus noires calomnies, et à payer de leur vie les consolations de leur foi. Il faut que celle-ci ait eu sur les âmes une prise très forte, pour s'être propagée si largement, avoir pénétré si profondément et si universellement la société, ; malgré ce péril permanent, et sous ce glaive sans cesse suspendu sur la tête des croyants.
Car le martyre ne fut pas un fait exceptionnel, atteignant seulement de rares victimes. Le grand
nombre des martyrs, non seulement au troisième et
au quatrième siècles, où il est reconnu par tous-les historiens sérieux, mais encore au second et même au premier, est démontré par des textes décisifs, bien que malheureusement aucun texte ne contienne
les éléments d’une statistique pouvant s'exprimer par des chiffres.
Ce grand nombre des martyrs paraîtra d'autant.
plus surprenant, que tous ont librement et volontairement accepté leur sort. Les martyrs ne sont pas de simples condamnés pour infraction aux lois et abandon de la religion officielle : ce sont des condamné volontaires, puisqu'ils n'avaient qu'un mot à dire pour faire tomber l'accusation, faire rapporter la sentence, faire cesser le supplice. Ce mot libérateur, ils l'ont retenu sur leurs lèvres pour demeurer fidèles à Jésus-Christ. Ils ont ainsi fait de leur mort le triomphe de laliberté morale, triomphe particulier au christianisme, qui suffirait à établir ce que l'abbé de Broglie a si bien appelé sa « transcendance, » car aucune religion, comme aucune école philosophique, en dehors de lui, n’a eu de martyrs.
On mesure toute la grandeur de ce triomphe, comme toute l'étendue de ce sacrifice des martyrs,
en étudiant de près, et dans le détail, leurs épreuves morales, — renoncement aux ambitions les plus légitimes, ruine de toute leur famille, rupture des liens les plus chers et les plus doux, — et leurs
souffrances physiques, — supplices atroces prévus
par les lois, ou supplices plus atroces encore inventés par une cruauté que ne retient plus aucune loi. Et alors se pose d'elle-même cette question : la constance de tant de milliers de personnes, de tout sexe et de tout âge, supportant de leur plein gré, durant trois siècles, de telles douleurs, peut-elle s'expliquer par les seules forces humaines?
Telles sont les conditions extraordinaires dans lesquelles fut rendu le témoignage des martyrs, Mais
- RÉSUMÉ ET CONCLUSION. sn.
ce témoignage lui-même, quelle en est la valeur? Beaucoup de martyrs peuvent être considérés comme. des témoins du premier degré, ayant eu la connaissance directe de faits évangéliques ou de la primitive histoire chrétienne : soit qu'ils les aient vus de leurs yeux, soit qu'ils les aient appris sans intermé- - diaire de ceux qui y avaient assisté, soit qu'ils ne soient séparés de ces derniers que par une ou deux générations, c'est-à-dire par un laps de temps qui permet encore à la tradition de se transmettre vivante et coulant de source. Les martyrs plus éloignés des origines ne sont plus que des témoins du second degré, mais au moins peuvent-ils attester la tradition chrétienne, conservée et enseignée par l'Eglise, et dont il n’était point difficile encore, à l’époque où se terminent les persécutions, de compter et de vérifier l’un après l'autre tous les anneaux. Ces résultats de notre étude, qu’il me paraît très difiicile de contester, nous permettront de saluer, en finissant, les martyrs comme les plus purs héros de l’histoire. Aussi ont-ils reçu des honneurs qu'aucune autre sorte de héros n’obtint jamais. On n'érige pas seulement à leur mémoire de pompeux monu-