‹ dix lecons sur le martyreChapitre 22 sur 201 · Saint Cyprien, Ep. "A · texte numérisé non relu

Saint Cyprien, Ep. "A

5, Voir Paul Monceaux, t. II, p. 7-9,

marqué un sagace historien, au moment même où le christianisme s'organise et s'étend ainsi, les fouilles récentes nous montrent les sanctuaires de Baal, le Saturne africain, partout désertés : coïncidence significative, qui semble indiquer des conversions en masse !. Brusquement donc, le christianisme est apparu dans l'Afrique du Nord, sans qu’on sache à quelle date et par quelles mains il y a d’abord été planté. Il peut avoir des origines orientales*,et être venu de l'Asie, avec laquelle Carthage, cette fille des Phéniciens, ne cessa jamais d'être en rapports de navigation et de commerce. Et en même temps, il est vraisemblable que Rome eut une grande part dans son établissement. Cette multiple origine se marque entre autres signes par la concomitance du grec et du latin dans la première littérature chrétienne d'Afrique, trahissant ainsi une influence asiatique mêlée à une influence romaine “. Mais cette . dernière paraît avoir été la plus grande, car, ainsi que le remarquait en 1867 M. de Rossi, — et les découvertes épigraphiques faites depuis lors n’ont pas démenti cette remarque, — toutes les inscriptions chrétiennes de la Proconsulaire et de la Numidie sont en latin*.

En arrière des rivages méditerranéens, une seconde ligne de provinces reçut en Europe le christianisme. Ce sont d'abord les contrées voisines du Rhin, c'est-à-dire les deux Germanies, qui forment comme

4. Paul Monceaux, t, II, p. 44. — 2. Saint Augustin, Ep. 52, 3. — 5. Tertullien, De praescr., 36; saint Augustin, Ep. 43, 7; 52, 2. — 4 Paul Monceaux, t. I, p. 4-8. — 5. De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1867, p. 6à.

le boulevard militaire de la Gaule, qu’elles couvrent à l'est sur toute la longueur du fleuve, depuis sa source jusqu’à son embouchure, atteignant par leur pointe septentrionale la mer du Nord, et par leur extrémité méridionale touchant presque à Lyon. Elles’ont des Églises dès la fin du second siècle!, mais jusqu’au quatrième celles-ci demeurèrent rares et très éloignées les unes des autres?. La même chose doit probablement se dire d’une autre province militaire, la plus septentrionale de l'Empire, la Bretagne. Là, les Romains sont plus campés qu'établis, et leur civilisation est surtout représentée par leurs armées. C'est le poste avancé, destiné à refouler derrière le mur d'Hadrien ou le mur d’Antonin des hordes toujours menaçantes. Dans ce vaste pays (l'Angleterre de nos jours), il y avait aussi des chrétiens à la fin du second siècle, si l’on en croit Tertullien, qui ajoute même que la foi avait pénétré là où ne pénétraient pas les Romains, c’està-direen Calédonie®. On cite,autempsde Dioclétien, des martyrs dans deux villes dusud#. Trois évêques, ceux de Londres, de Lincoln et d’York, prirent part

1. Saini Irénée, Adv. Haeres., I, 10, 2. — On lira avec intérêt une observation de M. Kurth (Clovis, 2° éd., 14901, p. 129) : « Le témoignage de saint Irénée est bien précieux, car Mayence et Cologne, les deux sièges auxquels il fait allusion, ne possèdent que de vagues et lointains souvenirs de leurs premières années, et c’est l’histoire, cette fois, dont, par une exception assez rare, les affirmations suppléent au silence de la légende. Céla montre que les Églises n’ont pas toujours conservé leurs traditions historiques, et que souvent les chroniques pèchent par oubli autant que par fiction. Rien n’est mieux fait pour rendre réservé l’historien qui prétendrait nier l’existence d'une chrétienté primitive, pour la raison qu'il n’en reste pas de traces. » — 2, Tongres, Cologne, Mayence, peut-être Besançon (qui faisait partie de la Germanie Supérieure). Harnack, Die Mission, etc. p. 511-542, — 3. Et Britannorum inaccessa ROmanis loca. Tertullien, Adv. Judaeos, 1. — 4. A Vérulam, à Caerléon, à Lichfeld. La persécution de Dioclétien, 3° édit., L. I, p. 39. :

en 314 au concile d'Arles, et vraisemblablement il y avait alors en Bretagne d'autres évêchés. Cependant l'absence presque complète d'anciennes inscriptions chrétiennes semble indiquer que les fidèles y furent longtemps en petit nombre !. Origène, au milieu du troisième siècle, compte les Germains et les Bretons parmi les peuples où la foi chrétienne est encore peu connue ?.

Origène dit la même chose des Goths, des Sarmates et des Scythes®, c’est-à-dire des habitants des provinces qui s'étendent le long du Danube, et correspondent à ce qu'on appelle aujourd’hui les Etats des Balkans. Ce sont, de ce côté, les confins militaires de l’Empire romain. L'une de ces provinces, la Dacie, au delà du Danube, avait depuis 274 cessé de lui appartenir : mais pendant le siècle et demi qu’elle en fit partie, de Trajan à Aurélien, elle ne paraît pas avoir été évangélisée : les monuments du culte de Mithra y sont nombreux, et y marquent, en quelque sorte, les campements des légions : on n’y a pas trouvé, pour le même temps, de vestiges de communautés chrétiennes #. Peut-être faut-il reporter au milieu du troisième siècle l'époque où, par des missionnaires venus soit de l'Occident, soit de l'Orient, soit probablement des deux côtés, la foi se propagea dans les provinces que conservait Rome le long de la rive droite du Danube, le Norique,

1. Voir Hübner, Inscr. Brilann. christ. ; cf. Northcote, Epitaphs of the Catacombs, p. 484. — 2. Origène Comm. series in Matth, 39, dans Migne, Patr. Graec., t. XIII, col. 4655. Mais il dit ailleurs qu'elle a été préchée en Bretagne : Homil. IV in Ezechiel; Homil, VI in Luc., 1,24; ibid., col. 695, 1813. — 3. Migne, t. XIII, COL. 4635. — 4. F. Cumont, Texles et monuments figurés des mystères de Mithra, 1 1, p.250. —M. Cumont voit une hyperbole dans le passage de Tertullien (Adv. Judaeos, T) où les Daces et les Scythes sont nommés parmi les peuples auxquels a déjà été annoncé l'Évangile.

les deux Pannonies, la Dacie Ripuaire, la Sctyhie. Mais la semence jetée tardivement fructifia vite. Ces « jeunes chrétientés, » comme on les appelait encore au quatrième siècle !, ont des groupes de fidèles, et même des Églises constituées, lors de la dernière persécution. Des évêques, des clercs, des laïques, des soldats y versent leur sang pour le Christ? : la mention des villes et des forteresses de la rive inférieure du Danube est fréquente dans le martyrologe oriental du quatrième siècleÿ.

Pendant que Rome semait la foi en Occident, les” Églises continuaient à se développer dans toute la partie orientale du bassin de la Méditerranée, où l'avaient d'abord plantée les apôtres.

Les chrétiens sont assez nombreux, au milieu du second siècle, dans la péninsule hellénique pour que la tranquillité publique y paraisse, en beaucoup de lieux, troublée à leur sujet. L'empereur Antonin le Pieux fut obligé d'intervenir, à plusieurs reprises, pour empêcher les païens de faire contre eux des émeutes. Il écrivit dans ce but à l’assemblée de la province d'Achaïe, à la ville de Larisse en Thessalie, à celle de Thessalonique en Macédoine #. Les documents du second siècle nomment des Églises

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