‹ dix lecons sur le martyreChapitre 30 sur 201 · Eusèbe, Hist. eccl., NIII · texte numérisé non relu

Eusèbe, Hist. eccl., NIII

de chrétiens sur le littoral, où l'Évangile avait été prêché dès les premiers temps, et où, dans les nombreuses cités commerçantes, l'élément indigène est comme submergé par l'élément hellénique. Mais à l’intérieur du pays, séparé en quelque sorte du reste du monde par les deux chaînes du Liban, dominent la sensualité et le fanatisme des anciens cultes. La population, demeurée phénicienne presque sans mélange, y est profondément attachée à ses dieux de sang et de boue. À Emèse, l'évêque ne peut demeurer dans la ville : il gouverne, de quelque village des environs, ses peu nombreux fidèles. A Héliopolis, où la Vénus du Liban était honorée par d’infâmes pratiques, il n'y eut pas d’évêque avant le règne de Constantin ? : la ville restait toute païenne à la fin du quatrième siècle ? : deux siècles plus tard, les païens y formaient encore la majorité, et l’on peut dire que cette ville obstinément fermée à l'Évangile passa presque sans transition du paganisme à la religion musulmane *. Dans cet étrange coin de terre, les vieux cultes naturalistes, difficile- . ment mâtés par Constantin, puis débridés de nouveau - par Julien’, se sont défendus avec une obstination dont il n’y a pas d'exemple ailleurs. Les seules villes qui s’y laissent pénétrer, lentement, par l'esprit

4. Au temps de la dernière persécution, Silvanus n’est pas appelé par Eusèbe l’évêque d'Émèse, mais T&y dpt Tv lEpuoay Exxnoiüy ên!oxonoc, l'évêque des Églises autour d’Émèse (Hist.eccl., VII, 43),

2, Eusèbe, De vita Const., IL, 58; cf. Socrate, Hist. eccl., I, 18.

3. Théodoret, Hist. eccl., IV, 19; Sozomène, Hist. eccl., VII, 15,

4. Cf. Schultze, Geschichte des Untergangs des griechisch-rômischen Heidentums, t. II, p. 251.

3. Émeutes populaires, en 862, contre les chrétiens à Emèse, à Hé-

liopolis, à Aphaque, à Aréthuse; saint Grégoire de Nazianze, Orat. IV, 88; V, 29 ; Julien, Misopogon (éd. Hertlein, p. #04); Théodoret, II, 3; Sozomène, V, 9, 10.

chrétien, Damas, Panéas, sont des villes de commerce, par conséquent à demi grecques, traversées par des routes de caravanes, et mises par la trouée qui sépare l'Hermon de l’Anti-” iban en communication avec l'Orient.

La Palestine elle-même est beaucoup moins chrétienne qu'on le croirait à première vue : la province qui fut le berceau du christianisme paraît même avoir été l'une des contrés de l'Asie romaine où la foi eut le plus Je mal à se répandre avant le règne de Constantin. Les sanglantes représailles qui suivirent les révoltes juives de la fin du premier siècle et du commencement du second y avaient fait table rase, enveloppant dans une ruine commune les souvenirs de l'Évangile et ceux du judaïsme, et faisant dispahiître presque toute trace de la première évangélisa- Jon. A la veille du siège de Jérusalem, les chrétiens J'origine juive que renfermait la ville sainte s’enfuisent dans la Pérée et dans le sud de la Syrie ! : mais les petites communautés qu’ils y fondèrent paraissent avoir été peu florissantes, et le nombre des judéo-chrétiens ne cessa de décroître ?, La plupart des chrétientés reconstituées en Palestine au second siècle se composent de chrétiens étrangers au pays, et prospèrent surtout dans les villes où l’élément grec est dominant. En 136, dans Jérusalem vide de toute population juive, et devenue la colonie romaine /Ælia Capitolina, un évêque incirconcis s’asseoit pour la première fois sur le siège de saint Jacques %. Mais, malgré l'importance que reprit, à

1, Eusèbe, Hist. eccl., IL, 5; saint Épiphane, Haeres., LIII, 1. 2. Saint Justin, II Apol., 58, 3, 3. Eusèbe, Hisf. eccl., IV, 6,4; V, 42.

partir du troisième siècle, l'évêché de Jérusalem, le troupeau chrétien de cette ville doit avoir été jusqu'au siècle suivant peu nombreux et peu influent, puisqu'on ne lui voit faire aucun effort pour retrouver le tombeau dü Christ. Certaines régions de la Palestine restèrent longtemps fermées aux chrétiens : jusqu’à la fin du second siècle, la Samarie rendit presque tout entière un culte à Simon le magicien, devenu une sorte de dieu local !. En Galilée, Tibériade et les villes voisines deviennent le siège d'une puissante école rabbinique et de toute une colonie juive, dont les haïnes de race y rendent le séjour insupportable aux fidèles ?. Sur la côte maritime du sud, c’est une autre espèce de fanatisme qui les écarte : à Gaza, ville toute païenne, où les cultes les plus sensuels de l'Orient étaient pratiqués avec fureur, l'évêque n'osait habiter dans la cité : la première église y fut bâtie sous Constantin #. Un demi-siècle plus tard, les païens de cette ville, et d’autres cités du littoral, Ascalon, Anthédon, n'ont rien perdu de leur intolérance * : ils restent longtemps encore dominants à Gaza. Bien que la Palestine ait fourni beaucoup de martyrs à la dernière persécution‘, et que la province comptât

4. Saint Justin, I Apol., 26, 3; Origène, Contra Celsum, 1,57. 2. Saint Épiphane, Haeres., XXX, 4, 2; Socrate, Hist. eccl., IL, 3;

Théodoret, Hist. eccl., IV, 19.

3, Silvanus, martyr, comme son homonyme d’Émèse, pendant la

dernière pérsécution, n’est pas appelé par Eusèbe évêque de Gaza, mais évêque des environs de Gaza, êmioxonoc Toy duoi Tv Labay Exrnotwv. Hist. eccl., VIII, 43, 5.

4. Cela résulte de ia Vita Porphyrii, 20, dans Acta en on janvier, t. III, p. 648.

5. Sozomène, Hist. eccl., N, 9; Théodoret, Hist. eccl., II, 3

6. Dans le De martyribus Palestinae d’Eusèbe, les noms grecs de martyrs sont beaucoup plus nombreux que les noms d’origine juive ou syrienne.

dès lors de nombreux évêchés, cependant, à l'exception de Césarée, devenue depuis Origène et Pamphile un des foyers dela science théologique, aucune de ses communautés chrétiennes ne paraît avoir été irès puissante ou très influente avant la paix de l'Église.

La dernière grande contrée méditerranéenne dont je n'ai pas encore parlé est l Égypte.

Comme la Gaule et l'Afrique, l'Égypte chrétienne n'entre d'une manière tout à fait précise dans l’histoire que vers le dernier quart du second siècle. Mais plus encore que ces deux provinces, elle y entre déjà adulte, avec une pleine formation religieuse, qui laisse deviner une évangélisation déjà ancienne. La tradition rapportée par un écrivain du quatrième siècle #, quidonnesaint Marc pour fondateur à l'Église d'Alexandrie, ne parait pas devoir être écartée sans examen. Quand cette Église se montre tout à coup en lumière, sous le long épiscopat de Demetrius (188-231), avec son école supérieure de théologie où ont professé Pantène et Clément, où professera Origène, clle a déjà vu naître plusieurs hérésies?, ce qui indique clairement des origines reculées. À la fin du second siècle ou au commencement du troisième, Clément dit que la foi chrétienne est répandue « dans toute la population, dans tout

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