‹ dix lecons sur le martyreChapitre 41 sur 201 · Eusèbe, Hist. eccl., II · texte numérisé non relu

Eusèbe, Hist. eccl., II

2. Eckhel, Doctrina numinorum vet., t. III, p. 437; François Lenormant, dans les Mélanges d'archéologie des PP. Cahier et Marlin, t. HI, p. 499. $

3. Cité par Théodoret, Graec. affect, curalio, 13; Migne, P, G., t, LXXX\II, col. 4130.

foi nouvelle, ou l'effort des persécuteurs dut reculer devant la résistance passive des habitants, ou il dut prendre les allures, non comme ailleurs de l'application judiciaire des lois existantes, mais d'une véritable opération de guerre dirigée contre des cités rebelles {. C’est ce qui eut lieu dans une occasion que rappellent deux contemporains, Eusèbe et Lactance. Il s’agit d'une ville de Phrygie, dont malheureusement ils ne disent pas le nom. Au mois de février 305, cette ville, dont tous les habitants étaient chrétiens, fut investie par une petite armée. On promit la vie sauve à ceux qui voudraient sortir : mais aucun des assiégés ne consentit à profiter de cette faveur, dont l'acceptation leur paraissait équivaloir à une sorte d’apostasie. Ils laissèrent les soldats et le gouverneur de la province pénétrer dans leurs murs. Mis en demeure de sacrifier aux dieux, ils refusèrent unanimement. On les enferma tous dans la principale église, vaste édifice qui, malgré les édits, n'avait pas été abattu. Les soldats y mirent le feu. Toute la population, depuis le curateur, les magistrats, les membres du sénat municipal, jusqu'au dernier des habitants, périt dans les flammes en invoquant le Christ ?.

On attendra longtemps encore avant de citer une ville toute chrétienne en Occident 5. Mais dès le

4. Toy oùxére uèv oivS véuw, molépou ÔÈ TpÔTw mEnE)topxnuévwy., Eusèbe, Hist. eccl., VIIT, 10, 12,

2, Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 11; Lactance, Div, Inst., NV, 11.

3. Prudence (Peri Stephanôn, IV, 65) cite à la fin du quatriémesiè le une ville d’Espagne, Saragosse, dont les habitants professaient le christianisme. Le Gallo-romain Severus (Carmen bucolicum, Migne, P. L.,t. XIX, col. 800) dit: « Solus qui colitur magnis in urbibus — Christus, » attestant que dans les grandes villes de la Gaule, à la même époque, le Christ seul était adoré.

commencement du troisième siècle on serend compte de l’importance acquise là aussi dans les villes par le peuple des fidèles. Ils n’y sont plus comme noyés dans la masse de la population : ils en forment désormais une partie considérable, et leur présence influe maintenant sur le caractère et l'aspect même des cités qu’ils habitent. Donner des chiffres est iei difficile. Les anciens ne faisaient pas de statistiques, ou du moins peu de statistiques anciennes sont venues jusqu’à nous. Cependant deux indications fournies l’une par Tertullien, l’autre par le pape saint Corneille, permettent de se faire une idée approximative du nombre des chrétiens de Carthage aux environs de l'an 200, et de celui des chrétiens de Rome vers 250.

Vous connaissez les paroles célèbres par lesquelles Tertullien, dès 197, montre la société de son temps, les cités africaines, pénétrées de toutes parts et sur tous les points par l'élément chrétien. « Nous sommes d'hier, et nous remplissons tout, vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les conseils, les camps, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum, nous ne vous laissons que vos temples. » L'apologiste ajoute : « Si nous nous séparions de vous, vous seriez effrayés de votre solitude, d’un silence qui paraîtrait la stupeur d’un monde mort?. » Cette saisissante image du vide que produirait, en disparaissant, la population chrétienne fait sentir la grandeur de la place qu’elle remplissait déjà. Qu'il y ait quelque emphase ou même quelque exagération oratoire dans ces paroles, cela est pos-

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