PRÉFACE
mots : Christiant non sint, qu'il n’y ait pas de chrétiens.
Quel qu’ait été le point de départ des poursuites, le procès qui leur était intenté était toujours un procès de religion, et rien autre chose.
Souvent aussi, à l’origine, se dresse le préjugé populaire. Le peuple méprisaït les chrétiens comme une race inférieure au reste de l’humanité, il les chargeait d’une foule de forfaits imaginaires et leur attribuait tous les fléaux. Ce préjugé était partagé par beaucoup de magis trats, par la plupart des écrivains, et même par les empereurs, excepté pourtant les quelques membres si remarquables de la dynastie des Antonins. Sous l'empire de ces préjugés et de ces haines les populations s’armaient souvent contre les chrétiens, les dénonçaient en masse et allumaient ainsi des persécutions locales ou générales.
La raison d'État se retourna aussi contre eux. Toutefois elle ne se manifeste que sur la fin du second siècle. Les vieilles calomnies populaires sont en grande partie démodées; on ne charge plus les chrétiens de crimes odieux; mais les magistrats, les hommes d’État leur reprochent leur abstention des emplois publics, leur refus de prendre part au culte des dieux, la liberté d’opinion et de conscience qu'ils entendent professer, liberté incompatible avec l’absolutisme impérial.
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Aussi les chrétiens sont-ils considérés comme des séparatistes, des déserteurs de la chose publique, et l’Église apparaît-elle comme constituant un État dans l’État et partant une menace contre la sécurité et l’existence même de l'Empire.
__ D’autres mobiles plus mesquins ne furent pas non plus sans influence sur les mesures persécutrices. Parfois les empereurs obéissaient à des passions personnelles, ou cédaient à de méprisables suggestions et à des vues haineuses et cupides. C’est à l’histoire anecdotique qu’il faut aller demander la révélation de ces mobiles personnels, dont l’étroitesse fait souvent descendre les hommes d’État d’un piédestal usurpé.
Quel fut le nombre des victimes de ces diverses causes réunies? Question qui vient d’ellemême à l'esprit de quiconque étudie ce point d'histoire religieuse. C’est ici qu’il convenait de s’avancer avec une prudente réserve. D’une part, on se trouve en face d'opinions contradictoires chez les historiens et les critiques; d’autre part, nous manquons de documents statistiques. L’au-
teur a su naviguer entre les récifs. Il s’est bien gardé d’emboîter le pas à ceux qui affirment qu'il y eut dix ou douze millions de martyrs ; il n’a pas cru, non plus, pouvoir souscrire au jugement des critiques qui croient n’avoir rien fait
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s'ils n'ont tout ramené à un minimum. Avec la | plus grande sagacité il discute la valeur des témoignages qui nous ont été transmis sur chacune des persécutions, et, en ne faisant appel qu'à des documents d’une sécurité et d’une sincérité hors de doute, il conclut que « la thèse du grand nombre des martyrs est l’exacte traduction de la vérité historique. » Quant au chiffre précis ou même approximatif, « Dieu seul le connaït. »
Le tableau des procès intentés aux confesseurs de la foi est assurément un des objets les plus dignes de retenir notre attention. La littérature des premiers siècles chrétiens nous a fort heureusement conservé un grand nombre de documents historiques qui permettent à un érudit et à un jurisconsulte de le reconstituer. Mais que de travail, que de patience pour rassembler et pour rapprocher tous les détails nécessaires à cette restitution! Notre auteur, tout à la fois historien et Juriste, y a fort bien réussi, et de toutes les parties de son livre, celle-ci est la plus émouvante. Il a su reconstruire tout le mécanisme du procès et nous en faire suivre la marche depuis le premier acte de procédure jusqu'à la sentence et au dernier supplice. :
Procédure étrange et qui renverse toutes les notions juridiques! Toujours on rencontre dans ces procès ce caractère particulier, qui forme
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