PRÉFACE. XVII
une exception unique dans l’histoire des tribunaux : aucun crime de droit commun n'est mis à la charge de l’inculpé, mais seulement le fait de sa religion. — Pas de témoins, que viendraient-ils dire? On ne reproche à l'accusé que
sa religion, et il est le premier à la proclamer.
— Pas d'avocat. Seuls entre tous les accusés romains, les chrétiens sont privés du ministère d’un défenseur; si même quelqu'un se lève pour défendre non leurs personnes, mais la légitimité de leur croyance, il est arrêté, jugé et livré au supplice. Tous les considérants du jugement se
résument à constater le refus de l’accusé de renier sa foi. Consent-il à apostasier? sur sa
seule parole, il est relâché. Persiste-t-il à.se dire
chrétien? il est condamné. C’est donc bien de son plein gré qu’il subit la mort violente, et sa
condamnation volontairement encourue devient ainsi le triomphe le plus éclatant de la liberté morale apportée au monde par le christianisme.
Autre caractère bizarre. À mesure que le droit civil s’adoucit sous des influences diverses, le droit pénal s'aggrave. Sous la poussée du des-
potisme il se fait de plus en plus hostile à la
Bberté des citoyens, et dès qu'il s’agit de chrétiens, il devient souvent exceptionnel et dépend de l'arbitraire et du caprice du magistrat ou du juge.