‹ dix lecons sur le martyreChapitre 53 sur 201 · Tertullien, De jejunto · texte numérisé non relu

Tertullien, De jejunto

Avant d'étudier le témoignage des martyrs, de voir sur quoi il porte, et d'examiner sa valeur, il est nécessaire de connaître le milieu légal dans lequel ce témoignage s’est produit.

Depuis l’an 64, date du premier massacre de chrétiens ordonné par Néron, jusqu’à l’an 313, époque du dernier et définitif édit de tolérance, les fidèles vécurent dans une atmosphère juridique hostile à la liberté de leurs croyances comme à la sécurité de leurs personnes et de leurs biens. Cela suppose, non pas, comme on le dit d'ordinaire, trois siècles de persécution, mais en réalité deux siècles et demi, ou, très exactement, deux cent quarante-neuf ans. Ce long espace de temps, qui vit se succéder à la tête de l'Empire romain d’abord le dernier des Césars, puis la dynastie des Flaviens, puis la dynastie des Antonins, puis des empereurs sans attaches dynastiques, puis des souverains fédérés possédant en commun la dignité impériale et gouvernant chacun ur groupe de provinces, ne fut pas un temps

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de persécution ininterrompue. La tempête eut des accalmies : la guerre connut des trêves. Si la statistique que j'ai essayé de faire est exacte, l'Église aurait traversé six années de souffrances au premier siècle, quatre-vingt-six au second, vingt-quatre au troisième, treize au commencement du quatrième; elle aurait donc été persécutée en tout pendant cent vingt-neuf ans, et aurait goûté cent vingt années de paix relative, dont vingt-huit au premier siècle, quinze au second, soixante-seize au troisième !. Comme une trop grande précision en ces matières risque fort d'être trompeuse, disons simplement qu'en fin . de compte, de Néron à Constantin, les années de persécution et les années de repos se balancèrent pour l'Église d'une manière à peu près égale.

Mais ce repos, qui lui permit de réparer ses forces, et trop souvent aussi l'endormit dans une fausse

sécurité, ne fut jamais que précaire. Aux deux pre-.

miers siècles, la proscription est pour chaque chrétien l’état théorique, bien que le nombre des poursuites individuelles varie, en pratique, selon les temps et selon les lieux. Au troisième siècle,

le sort des fidèles demeure soumis au bon plaisir

des empereurs, qui lancent contre eux, pris en masse, des édits de persécution, mais en suspendent aussi quelquefois les effets : comme les empereurs de ce temps-là se suivent plutôt qu'ils ne se succèdent, et n'ont le plus souvent qu’une politique viagère, l'édit tombe presque toujours par la mort de celui qui l’a porté. Au commencement du quatrième siècle, quand l'Empire romain eut plusieurs têtes, la

1. Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, D. HI-IA.

persécution commença par être générale, puis de-meura surtout locale, sa violence s’amortissant plus. ou moins vite dans les États de certains souverains, tandis qu’elle se prolonge, parfois même se ranime

et se renouvelle dans les provinces administrées par-

d’autres. Il y a donc trois situations juridiques à: considérer : celle qui remplit les trente-six der-

__nières années du premier siècle et tout le second;

celle qui fut en vigueur au troisième; celle que virent les douze premières années du quatrième.

Le point de départ des persécutions de la premièrepériode, c’est-à-dire des deux premiers siècles, me: paraît être celui-ci. A l’origine, quand les chrétiens.

commencèrent à être distingués des Juifs, et furent dénoncés par l'opinion populaire comme des ennemis de la société, une exception fut faite, en ce qui: les concerne, à la tolérance dont les Romains couvraient ordinairement toutes les religions, et un édit de proscription fut porté contre eux. On en pourrait rendre sinon les termes, au moins le sens, par ce mot, qui se retrouve dans plusieurs documents contemporains des persécutions : « Qu'il n'y ait pas de

- chrétiens, » christiani non sint'. Cet édit primitif

est généralement attribué à Néron? : Tertullien l'appelle énstitutum neronianum $. I] paraît avoir eu pour

prétexte l'incendie de Rome, mensongèrement im-

puté par Néron aux chrétiens, dont ce tyran fit un

4. Boissier, le Lettre de Pline au sujet des chrétiens, dans Revue:

archéologique, t. XXXI, 1876, p. 419, 420.

2, Tertullien, Apol., 5.

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