Voir, au Digeste, tout le titre 1v du livre XLVIH
2. Voir dans ce sens Guérin, Etude sur le fondement juridique des persécutions dirigées contre les chrétiens pendant les deux premiers siècles, dans Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, 4895, et la remarquable suite d’articles publiés de 1902 à 1905 par M. Callewaert dans la Revue d'histoire ecclésiastique de Louvain et dans la Revue des questions historiques. Dans une étude publiée dans la Revue de Louvain, t. XII, 19114 : La méthode dans la recherche de la base juridique des persécutions, M. Callewaert donne la bibliographie du Sujet jusqu’en 1911, el constate que la théorie soutenue par Mommsen est aujourd'hui en défaveur. Le philologue allemand Richard Heinze, dans son Tertullians Apologeticum (Leipzig, 1910), la conteste absolument, et déclare, en interprétant la pensée de Tertullien, que le christianisme a été proscrit Comme tel par une loi primitive, que des rescrits impériaux du second siècle ont ensuite adaptée aux circonstances. Dans le même sens Batiffol, L'Eglise naissante et le Catholicisme, 5° éd., 1941, p. 31-34,
point pour but de lui extorquer une confession, d'arracher à sa voix défaillante, à ses forces épuisées la reconnaissance de sa culpabilité : elle cherche une seule chose, le contraindre par la souffrance à déclarer qu'il n'est pas ou qu'il n’est plus chrétien. C’est, comme le font remarquer les apologistes, le renversement de toute procédure criminelle : le juge prononce, en dernier lieu, la sentence : mais l'accusé la lui a dictée d'abord, puisqu'il se condamne lui-même ou s’absout, selon qu'il garde ou qu’il abandonne sa foi, selon qu'il lui rend témoignage ou qu'il la renie. Dans tous les procès de chrétiens du second siècle dont il nous reste une relation authentique, dans ceux de Polycarpe, des martyrs de Lyon, de Justin, de Ptolémée, d'Apollonius, des martyrs de Scillium, les choses se passent ainsi, et, conformément au rescrit de Trajan, la condamnation du martyr n’a lieu que de son plein gré.
Il en sera de même jusqu'à la fin des persécutions. Mais, à part ce point-là qui ne changera jamais et qui continuera à faire de la condamnation des martyrs le plus beau et le plus méritoire triomphe de la liberté morale, il ne reste plus rien, au troisième siècle, de la jurisprudence fixée par le rescrit de Trajan.
Ce n'est pas une loi déjà perdue dans la nuit du passé, que l’on appliquera désormais aux chrétiens : chaque persécution va être annoncée par un édit. Ce sera moins l'hostilité latente des premiers temps que la guerre ouverte, précédée d’une déclaration régulière, sauf à se terminer, après une durée plus ou moins longue, par la lassitude de l’assaillant, ou par un changement de règne, ou par une trêve volontairement consentie. Cette nouvelle phase de la lutte
contre l'Église entraînera une transformation de la procédure. Loin que les magistrats soient obligés, comme sous le précédent régime, d’attendre pour instruire le procès d’un chrétien qu’un accusateur vienne, à ses risques et périls, porter plainte contre lui, en suivant les formes protectrices de la justice romaine, il leur est maintenant enjoint de rechercher les fidèles, pour les mettre en demeure d’abjurer. Au conquirendi non sunt est substitué le conquirendi sunt et puniendi. Ceux qui refuseront de renier leur foi seront condamnés, non pour avoir contrevenu à une législation vieillie, mais pour avoir désobéi à un récent édit : comme il n’est pas question de punir les chrétiens, mais seulement de les contraindre à cesser de l'être, les persévérants encourront seuls un châtiment, les renégats, conformément à l’ancienne jurisprudence, maintenue sur ce seul point, seront absous.
C’est tout au commencement du siècle, sous l’empereur Septime Sévère, d'abord favorable, bientôt hostile aux chrétiens, que s’inaugure le nouveau régime. Frappé de la rapide diffusion de l'Évangile, et inquiet de la propagande chrétienne, il interdit, dès lors, par un acte du pouvoir impérial, dont la forme précise, édit ou rescrit, n’est pas clairement connue, toute conversion au christianisme ! : c’est-à-dire que, laissant de côté, provisoirement au moins, les anciens chrétiens, ou ne modifiant point à leur égard le droit existant, il ordonne de rechercher et de punir deux classes de fidèles, les convertisseurs et les convertis. Quelques renseignements nous sont parvenus sur
4. Judaeos fieri sub gravi poena vetuit, item etiam de christianis
ganxit, Spartien, Vita Severi, 47.
l'exécution de l'ordonnance de Septime Sévère : à Alexandrie, où le maître le plus en vue de l’école chrétienne, Clément, fut obligé de s'enfuir, et où beaucoup de ceux qu'il avait instruits furent mis à mort!; à Carthage, où le groupe formé du catéchiste Saturus et de ses élèves Revocatus, Félicité, Saturninus, Secundulus, Vibia Perpetua, souffrit le martyre, raconté par un des plus beaux et des plus sûrs documents de l'antique littérature chrétienne ?. Après Septime Sévère et son fils Caracalla, sous qui l'ordonnance contre les conversions continua vraisemblablement d’être exécutée, les chrétiens jouirent d’une paix momentanée : pour des raisons différentes, les règnes du vicieux Élagabale et du vertueux Alexandre Sévère leur furent également favorables. L’aventurier barbare qui succéda à ce dernier, Maximin, renouvela les hostilités, en ordonnant la proscription, non encore des chrétiens en masse, mais des principaux chefs des Églises et de leurs prêtres les plus savants* : c’est ainsi qu'un document contemporain * montre déportés à la fois en Sardaigne le pape Pontien et le docteur Hippolyte 5. Mais, comme il arrive souvent, les rigueurs légales, d’abord circonscrites, sortirent vite des limites premières : beaucoup de chrétiens qui n'appartenaient pas à la catégorie marquée par Maximin souffrirent cependant des excès de la foule païennef