Saint Cyprien, Ep
torture est moins employée pour la joie mauvaise de faire souffrir, que dans l'espoir d’arracher à la souffrance une parole qui sera interprétée comme un reniement. Ainsi mené, le procès, alterné de comparutions devant le juge et de repos en prison, peut durer des semaines, même des mois. Lalongueur de l’emprisonnement dans ces geôles romaines — dont nous aurons l'occasion de tracer un peu plus tard le répugnant tableau — devait, plus que toute chose, désoler la patience du chrétien. « Ceux qui veulent mourir ne viennent pas à bout de se faire tuer ', » écrivait alors saint Cyprien. Le procès se termine enfin quand, de guerre lasse, et reconnaissant sa défaite, le juge se décide à prononcer la sentence. Souvent il le fait avec un regret visible. On ne voit pas que la mort soit dans cette persécution, comme elle le sera à d’autres époques, prodiguée avec une sorte de rage, dans une sanguinaire boucherie, Dèce ne paraît pas avoir été cruel par tempérament : c’est un fanatique à froid, qui se propose d’abolir le christianisme, non de tuer des chrétiens, — de « détruire les âmes, et non les corps, » selon le mot desaintJérôme?. Le triomphe de sa politique est de conserver des sujets à l'État en arrachant des membres à l'Église. Pour un tel prince, et pour ceux qui lui ressemblent, paraît avoir été écrit ce rot de Pascal, qu'aucun des hommes qui ont la redoutable tâche du gouvernement ne devrait lire sans trembler : « Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement, que quand on le fait par un faux principe de conscience #, »