‹ dix lecons sur le martyreChapitre 62 sur 201 · Saint Cyprien, Ep · texte numérisé non relu

Saint Cyprien, Ep

2, Saint Jérôme, Vita Pault eremilae, 3, 3. Pascal, Pensées (éd. 1712, p. 178).

Conduite avec cette méthode, la persécution fit beaucoup de martyrs, et probablement encore plus de renégats : ceux-ci lors de la première épreuve plutôt que devant les juges, car les chrétiens qui compa- | raissaient devant les tribunaux étaient les meilleurs | et les plus forts, ce qui restait de la sélection préa- | lablement établie. Heureusement la persécution fut | courte. Pendant l'accalmie qui suivit la mort de | Dèce, l'Église eut fort à faire de réparer ses pertes, | de rétablir sa discipline, de régulariser la situation | des renégats repentants. Elle y parvint, non sans | troubles et sans déchirements intérieurs. Sept ans | après Dèce, elle était redevenue assez forte pen affronter une nouvelle persécution, qui éclata sous | Valérien.

Celle-ci ne ressemble pas à la précédente. Éclairé | par l'exemple de Dèce, dont les efforts avaient sans | doute amené beaucoup de chutes individuelles, mais | n'avaient point ébranlé la constitution de la société | chrétienne, Valérien comprit ce qu’aurait d’illusoire l'espérance de triompher de l’Église en un seul com- | bat, de prendre pour ainsi dire à jour fixe tous les | chrétiens d’un même coup de filet. Il essaya d'une | tactique nouvelle, et procéda par séries. |

Un premier édit, promulgué en 257, s’attaqua tout | à La fois aux chefs spirituels des communautés chré- | tiennes, évêques et prêtres, et à ce qui constituait | l'assiette matérielle de ces communautés, c’est-à-dire l'association légalement constituée, propriétaire d'im- | meubles, dont elle avait pris la forme. Ordre fut| donné aux évêques et aux prêtres de rendre hommage | aux dieux, sous peine d’exil, et défense fut faite à| tous les chrétiens sous peine de mort de fréquenter

leurs cimetières et de tenir des réunions liturgiques. De l'exécution de cet édit on a des documents incontestables dans le procès-verbal de la première comparution de saint Cyprien devant le proconsul d'Afrique !, et dans celui de la comparution de saint Denys d'Alexandrie devant le préfet d'Égypte ?. Les effets de l’édit furent médiocres. Des membres du clergé furent exilés, d'autres envoyés aux travaux forcés : il y eut même quelques condamnations à mort. Les Eglises durent éprouver une gêne sensible par le séquestre mis sur les cimetières et sur les lieux de réunion qui y étaient joints. Mais la vie chrétienne ne fut point suspendue. Comme nous aurons occasion de le voir, beaucoup de riches et puissants personnages faisaient déjà, à ceite époque, partie de l'Église : ils n’eurent sans doute point de peine à remplacer momentanément, pour l'usage de leurs frères, les biens enlevés à l'association. Valérien, dédaigneux du menu peuple, qui, privé de protecteurs et de guides, se disperserait de lui-même, résolut de frapper les têtes de la société chrétienne.

Un second édit, qui fut soumis à l'approbation du sénat, et reçut probablement la forme légale du sénatus-consulte, parut en 258. Il visait d’abord les membres du clergé. Comme la menace d’exil ne les avait pas beaucoup émus, elle fut remplacée par la peine de mort : tout évêque, prêtre ou diacre qui aura refusé de sacrifier sera exécuté sur-le-champ {ën continenti animadvertentur). Une autre catégorie de personnes était visée par un second article : les

4. Acta proconsularta S. Cypriani, 1-2, dans Ruinart, p. 296. 2, Lettre de saint Denys d'Alexandrie, dans Eusèbe, His{. eccl., VII,

chrétiens sénateurs, nobles, chevaliers, etles femmes ,

chrétiennes de même rang. Sur leur refus de faire acte de paganisme, on confisquera leurs biens : dégradés alors, car ils auront perdu le cens équestre ou sénatorial, ils seront jugés comme de simples plébéiens : la peine sera pour les hommes la mort, pour les femmes l'exil. Le sénat était appelé ainsi à proscrire plusieurs de ses membres, avec leurs familles : quand on connaît la solidarité qui unit entre elles les familles aristocratiques, en dépit même des différences d'opinions ou de culte, on se rend compte de la gravité de cette mesure. En demandant au sénat de voter lui-même l’édit, l'empereur se faisait donner carte blanche. Il obtenait que l'aristocratie chrétienne fût proscrite par l’aristocratie païenne elle-même. C’est probablement pour parvenir à ce but, en se couvrant contre toutes les réclamations de caste, qu’il tint à obtenir pour sa nouvelle ordonnance la forme du sénatus-consulte. Une troisième catégorie de chrétiens était l'objet d’une dernière disposition, qui nous en révèle l’importance sociale : ce sont les Césariens, c'est-à-dire les esclaves ou les affranchis de la maison impériale. Ceux-ci ne sont point mis à mort, car ils sont euxmêmes une propriété, qu’un souverain économe, comme était Valérien, ne détruisait pas volontiers : sur leur refus d’obéir, leurs biens, quelquefois fort importants, seront confisqués, et eux-mêmes ramenés à la condition des derniers des esclaves, c'est-àdire des serfs de la glèbe!.

Les documents de la persécution qui suivit l’édit

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