‹ dix lecons sur le martyreChapitre 69 sur 201 · Eusèbe, De mart. Pal · texte numérisé non relu

Eusèbe, De mart. Pal

e. Ibid, 9, 2:3.

Sardique : il croit sentir sur son côrps qui tombe en pourriture la main vengeresse du Dieu des chrétiens. Epouvanté, il ordonne de cesser contre eux toute poursuite, et publie en leur faveur un édit plein des plus étranges considéranis, qui en font un document curieux de platitude morale et de repentir intéressé !, Mais le remords tardif d’un mourant ne pouvait établir d’une manière solide la paix religieuse. L’instrument n'était pas digne de cette grande œuvre. Après avoir obéi à contre-cœur, Maximin, devenu par la mort de Galèré maître de la partie asiatique des États de celui-ci, recommença la persécution. Ce fut un nouveau type de persécution. A la violence des précédentes succédèrent la dissimulation et la ruse. Si l'hypocrisie est, comme on l’a dit, un hommage que le vice rend à la vertu, elle est aussi, dans certains cas, la reconnaissance par un oppres- - seur de la force morale de ses victimes. La défaite finale de Galère avait fait comprendre à Maximin la solidité de cette Église que n'avait pu entamer aucune attaque, et qui venait presque de recueillir le dernier soupir d’un de ses plus cruels ennemis. Trop enragé d’antichristianisme pour imiter la résipiscence de son collègue, Maximin fut assez clairvoyant pour

apercevoir la nécessité de changer de tactique. Sa:

haine finit par lui ouvrir les yeux : il reconnut deux

choses. D'abord, que depuis bien des années les per-

sécuteurs, en Asie surtout, n'avaient plus avec eux l'opinion publique, soit qu’elle fût devenue sceptique sur les prétendus dangers que les chrétiens faisaient courir à l'Empire, soit qu'elle fût lasse et dégoûtée

4, Lactance, De mortibus persecutorum, 34.

de tant de meurtres inutiles, soit même qu'elle se montrât ouvertement favorable aux persécutés.

Ensuite, que le paganisme, sans lien, sans cohésion, |

sans hiérarchie, sans autorité, se trouvait, en dépit des forces officielles mises à son service, un adversaire trop inégal pour une Église fortement hiérarchisée, dans laquelle, de ville en ville, de province en province, jusqu'au centre auquel tout vient aboutir, l'unité de croyance et de discipline se maïntenait inébranlable. Usant de moyens que les gouvernements modernes ont perfectionnés, il visita plusieurs des principales villes de ses États, et se fit remettre des adresses plus ou moins spontanées, dans lesquelles était demandée une nouvelle proscription des chrétiens, et auxquelles il répondait avec onction !. Puis il eut recours aux procès calomnieux : les dépositions de témoins subornés ou intimidés sur les infamies qui se seraient produites dans des réunions de chrétiens furent, par son ordre, affichées dans toutes les villes, et jusque dans les villages ?. Puis il usa de la propagande par le pamphlet : il inventa vraiment la presse irréligieuse, et fit répandre partout des publications dans lesquelles le Christ était odieusement et habilement attaqué 5. Il aperçut enfin le parti qu'on peut tirer de l'instruction publique : lès maîtres d'école reçurent l'ordre de distribuer à leurs élèves les libelles antichrétiens, d'en faire même le texte des dictées et des devoirs 4. Mais

1. Eusèbe, His{. eccl., IX, 2, 7, 9, 44,15; Lactance, De mort. pers., 36. — Inscription d’Aricanda (reproduite dans le Christianisme et l'Empire romain, p. 307).

Page 1