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LES CAUSES DES PERSÉCUTIONS. — LE NOMBRE DES MARTYRS

Le tableau des persécutions serait incomplet, si nous ne recherchions leurs causes. J’en vois trois : le préjugé populaire; le préjugé des hommes d'État ; de mesquines passions personnelles des souverains.

A l'origine, les chrétiens, confondus avec les Juifs, partageaient l’impopularité de ceux-ci. La populace de Rome et des grandes villes reprochait aux Juifs leur athéisme, c’est-à-dire un culte sans images; leur. exclusivisme, c’est-à-dire le refus de se mêler aux autres cultes, soit des dieux, soit des empereurs; leur misanthropie, leur haine du genre humain, dont les séparaient les mœurs, la nourriture, le soin de conserver la pureté de la race !. Répandus sur toute la surface de l’Empire, les Juifs y formaient un peuple à part. Comme sa dispersion lui ôtait tout

1, ABzot, utoëv6pwnot. Apollonius Molon, dans Josèphe, Contra Apionem, II, 14 — Adversus omnes hostile odium, separati epulis, disereti cubilibus,.…. alienarum concubitu abstinent. Tacite, Hist., V, LA

moyen de nuire, les lois romaines reconnaissaient son autonomie. Longtemps les chrétiens parurent en faire partie. Mais, à mesure que l’ Évangile se fit des adeptes dans toutes les classes de la société romaine, il devint impossible de ne pas reconnaître que, malgré la communauté des origines religieuses, les chrétiens n'étaient pas des Juifs. Ils formaient une secte sortie du judaïsme, mais distincte et séparée de lui. Ce furent probablement les Juifs euxmêmes qui aidèrent les païens à s’en apercevoir, intéressés qu'ils étaient à détourner sur d’autres l’animadversion du vulgaire.

Ce calcul réussit en partie : les chrétiens demeurèrent chargés, aux yeux du peuple, de l’impopularité des Juifs : comme eux, et désormais plus qu'eux, ils encoururent le reproche d'athéisme ! et de haine du genre humain ?. Les fables propagées contreles Juifs par la crédulité publiques’attachèrent maintenant aux chrétiens : on accusait les uns et les autres d’adorer une tête d'âne *. Mais les chrétiens parurent aux idolâtres être religieusement inférieurs aux Juifs eux-mêmes : ceux-ci avaient des sacrifices, les chrétiens, plus athées encore, n’en avaient pas#. D'où trois races d'hommes : les Grecs ou gentils au premier rang, les Juifs au second, et en dernier lieu les chrétiens, tertium genus ÿ.

1. ee Justin, I Apol., 6; II Apol., 3; Athénagore, Legat. pro christ., 3; lettre de l'Église de Smyrne, dans Eusèbe, Hist. eccl., IV 45, 18; AS Alex., 95, 38; Minucius Felix, Octavtus, 8, 40.

2. Tacite, Ann., XV, 44; Tertullien, Apol., 85, 81; Minucius Felix -Octavius, 8, 9, 40.

3. Tacite, Hist,, V, 4; Tertullien, Ad nat., I, 14; Apol., 46; Minucius æelix, Octavius, 28.

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