‹ dix lecons sur le martyreChapitre 72 sur 201 · Tertullien, AG nat., I, 8, 20 ;*Scorprac · texte numérisé non relu

Tertullien, AG nat., I, 8, 20 ;*Scorprac

Cette « troisième race » finit par être accablée de tous les crimes, et devint, aux yeux du peuple, quelque chose de presque étranger à l'humanité. Dans un passage de l’Apologétique, Tertullien se croit obligé de démontrer que les chrétiens ont la même constitution physique que les autres hommes, comme si l’on eût pu en douter‘. Les forfaits qu’on leur prêtait étaient horribles : incestes, meurtres, anthropophagie rituels ?. Les récits les plus effroyables couraient sur les abominations qui avaient lieu, disait-on, dans leurs assemblées liturgiques. On ra-

contait que les ténèbres y couvraient des mystères inouïs de dépravation et de cruauté*. Ajoutons qu'un chrétien semblait n'être plus bon à rien : on le jugeait inapte aux affaires publiques comme aux transactions privées, et on le montrait tombant dans une inertie maladive ‘. Mais cette inertie ne l’empêchait pas, disait-on, d’être capable de maléfices 5 : reproche terrible à une époque où l'on avait grand peur des sorciersé. Le peuple se faisait ainsi des chrétiens une caricature étrange et monstrueuse : et non seulement le peuple, mais, pendant le second siècle, les lettrés eux-mêmes, quelquefois — cela s’est vu à d’autres époques — aussi crédules que

4, Licet extranei a turbis aestimemur. Tertullien, Apol., 46. — ». Saint Justin, I Apol., 26, 27; II Apol., 42; Dialog. cum Tryph., 10; Athénagore, Legat. pro christ., 3; Théophile d’Antioche, Ad Autolyc., I, 4; lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hist. eccl., V, 1; Minucius Felix, Octavius, 9, 31. —3. Minucius Felix, loc. cit. — 4. Tacite, Ann., XIII, 30; Hist., III, 75; Suétonc, Dornit., 45; Tertullien, Apol., 42. — 5. Superstitio nova et malelica. Suélone, Nero, 16. CF. Celse, dans Origène, Contra Celsum, 1, T. — Voir Le Blant, Recherches sur l'accusation de magie dirigée contre les premiers chréliens, dans Mémoires de la Sociélé des antiquaires de France, 1819, t. XXXI. Voir encore Particle Accusalions contre les

chrétiens, dans le Dict. d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. 1, 1903. — 6. Cf. l'Apologie, d'Apulée, et Paul, Sentent., V, xx, 45-47.

le peuple. Au milieu du troisième siècle, ces absurdes calomnies avaient à peu près disparu : nous nous souvenons des efforts de Maximin Daia pour leur redonner vie au commencement du quatrième !. Mais au temps de Néron, au temps même de Marc Aurèle et de Septime Sévère, le peuple, la plupart des écrivains, beaucoup de magistrats, se figuraient encore que tous ces forfaits étaient attachés au nom et à la profession de chrétiens : per flagitia invisos… flagitia cohaerentia nomini?. C'est sur cette opinion publique haineuse et dévoyée que s’appuya Néron pour imputer aux chrétiens, comme capables de ious les crimes, l'incendie de Rome, et inaugurer contre eux la persécution.

Ces colères aveugles, les dénonciations qu'elles amenaient, les émeutes dont plus d'une fois elles furent la cause, parurent si menaçantes pour l'ordre public aux empereurs éclairés du second siècle, que ceux-ci, Trajan par son rescrit au légat de Bithynie, Hadrien par son rescrit au proconsul d'Asie, Marc Aurèle par son rescrit au légat de la Lyonnaise, comme aussi Antonin par ses rescrits à diverses villes grecques, s’efforcèrent de régulariser, de canaliser en quelque sorte, en les faisant passer par les voies ordinaires de la procédure criminelle, les haines dont les chrétiens étaient l’objet. Quand on regarde de près les circonstances qui donnèrent lieu à ces diverses manifestations de la volonté impériale, on aperçoit que celles-ci eurent toujours pour cause la nécessité de tempérer quelque ébullition intempestive du préjugé populaire. En

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