‹ dix lecons sur le martyreChapitre 75 sur 201 · Minucius Felix, Octavius · texte numérisé non relu

Minucius Felix, Octavius

cation morale. Mais les empereurs du second siècle sont des païens honnêtes et éclairés, supérieurs aux préventions grossières du peuple et même aux crédulités des intellectuels : ie jugement prononcé intérieurement par eux sera d'un véritable prix. :

Nous savons déjà qu'à leurs yeux les chrétiens, pris en masse, ne sont ni vicieux, ni dangereux, puisqu'ils interdisent aux magistrats de les rechercher et de les poursuivre d'office, comme on ferait de scélérats ou d’ennemis publics. Nous savons qu'ils ne leur imputent aucun des forfaits dont on les charge communément, puisqu'après avoir défendu de procéder contre eux sans accusation régulière, ils ordonnent de renvoyer absous les chrétiens qui consentiraient à faire acte d’abjuration. Mais nous voyons aussi qu'ils commandent de condamner ceux qui se refusent à cet acte, et qui demeurent fidèles à leur foi religieuse. C’est donc que l’obstination à rester chrétiens constitue un fait punissable. Ici, même chez des esprits formés par une plus vaste culture, et imbus d’un hellénisme rafliné, comme furent plusieurs des Antonins, reparaît l'étroit formalisme du droit romain, la suprématie toute quiritaire de la lettre sur l'esprit. Il existait une loi non abrogée, qui avait jété publiée à l’origine contre la « superstition nouvelle, » et qui défendait d’ « être chrétien. » Puisque cette loi était toujours en wvigueur, il fallait qu'elle fût observée : être chrétien ne représentait aucun crime, si ce n’est le crime de désobéissance, mais celui-ci méritait d'être puni. C'est ce que Pline, avec l'approbation de Trajan, a châtié chez les chrétiens de Bithynie : « l'entête-

ment et l’inflexible obstination, » pertinaciam certe et inflexibilem obstinationem *.

Marc Aurèle s'exprime comme Pline, dans le seul

endroit de ses Pensées où il daigne faire une allusion aux chrétiens : il leur reproche de mériter la mort par leur « opiniâtreté, » et d'y courir avec une sorte de « faste tragique ?. » Malheureusement, toute autre expression des sentiments personnels éprouvés à leur sujet par les empereurs du second siècle nous échappe : nous n'avons d'indices à cet égard que ceux qu'ils ont laissés dans les pièces -officielles. Ces pièces permettent seulement d’affirmer deux choses : ils ne partageaient point, à l'encontre des chrétiens, le préjugé populaire; quant au préjugé politique qui fera considérer ceux-ci, par les hommes d'État du siècle suivant, comme un danger et une menace pour l'Empire, il leur était encore inconnu.

Ce préjugé commence à se manifester par les efforts de l'empereur Septime Sévère pour arrêter les conversions au christianisme, trop nombreuses à son gré : Septime Sévère voit déjà un péril public dans la multiplicité croissante des chrétiens. Mais c'est au milieu du troisième siècle que ce sentiment se traduit, avec une précision cruelle, dans l'édit de persécution de Dèce, puis dans ceux de Valérien.

Pour que Dèce, vieux Romain dont l’histoire ne signale point la cruauté, ait imposé à tous les chré-

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