‹ dix lecons sur le martyreChapitre 77 sur 201 · Lactance, De mort. pers · texte numérisé non relu

Lactance, De mort. pers

2. Eckhel, Doctr. numm. vel., t. VIT, p. 483; Marquardt, Rômische

Stantsverwaltung, t. III, p. 82, 236; Bull. della coimmissione archealogica comunale di Roma, 1887, p. 225.

LES CAUSES DES PERSÉCUTIONS. 13t

vivre avec la liberté de conscience, et même tout semble établir le contraire. Le grand nombre des années pendant lesquelles, au troisième siècle, il laissa respirer l'Eglise et interrompit les rigueurs, sans en éprouver aucun dommage, indique qu’il lui eût été facile de faire toujours bon ménage avec les chrétiens. Ces années de paix peuvent même passer pour avoir été l'état normal, puisqu'elles «occupent environ les trois quarts du siècle. L'autre quart, qui forme pour le troisième siècle le total approximatif des années de persécution, paraît représenter plutôt l'exception et le désordre. Voilà ce qu'oublient, ou même ce que ne savent pas, les historiens modernes qui répètent, en se recopiant l'un et l’autre, les

hrases courantes sur l’incomptabilité du christianisme et de l'Empire romain‘. L’empressement avec lequel, en 260, le fils de Valérien, réparant la faute paternelle, rendit à l'Église sa liberté et ses biens, montre, par un aveu spontané, qu'aucune raison sérieuse de gouvernement, mais seulement un préjugé de politique sectaire, avait conduit à les lui enlever.

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Mais les persécutions eurent d'autres causes encore que le préjugé populaire et le préjugé politique : et ce serait peu connaître l’histoire des empereurs romains que d’assigner seulement ces origines, d'une portée générale et en quelque sorte impersonnelle, aux guerres si souvent déclarées par eux à l'Eglise. Les modernes se plaisent à mettre en lumière les grandes lignes de l’histoire, sauf à laisser dans

4. Le plus récent historien qui ait soutenu cette thèse est M. Bouché-Leclerca : L'intolérance religieuse et la politique, 4911. J'ai répondu à son livre dans la Revue des questions historiques, juillet 4912 : À propos de l’histoire des persécutions.

l'ombre des détails d'une portée moindre en apparence : mais quelquefois aussi, par cette manière un peu abstraite de présenter ou d'expliquer les événements, leur arrive-t-il de négliger la vérité au profit de la vraisemblance. Les anciens se plaisaient, au contraire, dans le détail : ils aimaient à attribuer aux grands effets de petites causes. Rares étaient chez eux les historiens philosophes : leurs meilleurs écrivains historiques se doublent d’un chroniqueur, en quête de l'anecdote. C’est que l'anecdote explique souvent bien des choses, et met à nu le ressort, parfois très mesquin, des événements les plus considérables. Si Tacite n'avait raconté le calcul hypocrite qui fit attribuer par Néron l'incendie de Rome aux chrétiens, nous ne saurions pas qu'il y eut un mensonge à l’origine des persécutions, et que la législation hostile à l'Église a découlé de cette source impure.

Des sentiments à peine moins misérables ont influé sur la conduite d’autres persécuteurs. Maximin proscrit les chrétiens en haine de son prédécesseur Alexandre Sévère, qui les avait favorisés !. Dèce lui-même joint aux motifs d’un ordre plus général qui inspirèrent son édit une aversion personnelle contre le tolérant Philippe, dont il a usurpé la place ?. Valérien poursuit, comme Dèce, dans les membres de l'Eglise des adversaires prétendus de l'État : mais un contemporain nous apprend que Valérien était aussi un occultiste, et que la superstition, l'abus des arts magiques, la confiance aux délations intéressées des devins, eurent une grande part dans

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