‹ dix lecons sur le martyreChapitre 79 sur 201 · Lactance, De mort. pers · texte numérisé non relu

Lactance, De mort. pers

EV

Quand vous étudiez l'histoire des persécutions, une question, sans doute, vient tout de suite à votre pensée : quel a été le nombre des martyrs?

En donner le chiffre, indiquer, même par hypothèse, un chiffre quelconque, est évidemment impossible : nous manquons de tous les documents statistiques qui permettraient de l’établir. Personne n’en saurait être surpris, quand on se rappelle la difficulté où l’on est d'évaluer le nombre des victimes de la Terreur, bien que celle-ci n'ait duré qu'un an, que nous n’en soyons séparés que par un peu plus d'un siècle, que cette crise sanglante ait affecté un seul des pays de l'Europe, et que sur elle abondent les documents, Les noms les plus illustres parmi ceux ou celles qui périrent alors ont surnagé : mais la foule immense des anonymes demeure impossible à dénombrer. Il en est de même, et à bien plus forte raison, des martyrs qui versèrent leur sang dans toutes les parties du monde alors civilisé, dont les exécutions, soit individuellement, soit en masse, se répartissent sur deux siècles et demi, et dont tant de siècles aujourd’hui nous séparent.

Les listes tenues par les Eglises, et au sujet desquelles nous avons des témoignages du deuxième et du troisième siècles !, étaient loin d'être complètes : elles faisaient seulement mémoire des martyrs dont l'anniversaire était célébré. c'est-à-dire d'un nombre

1, Eusèbe, Kist. eccl., V, 4,3; Tertullien, De corona militis, 13; saint Cyprien, Ep. 34, 37.

de martyrs comparativement très restreint. Ce qui nous est resté de ces listes primitives, enfoui, mais reconnaissable encore, dans la vaste compilation du sixième siècle qui porte le nom de Martyrologe hiéronymien !, représente, en général, l'état de la tradition, dans le cours du quatrième siècle, en Orient et en Occident ?; mais il est visible que déjà, à cette époque, les noms de beaucoup, même parmi les plus illustres, de ceux qui périrent dans les premières persécutions étaient oubliés. En veut-on des exemples pour Rome? ni dans le Martyrologe héronymien, ni dans les deux textes des Depositiones de 3543, on ne trouve le nom du pape Télesphore, dont le martyre est attesté par saint [rénée {, ceux de saint Justin et de ses compagnons, dont il existe des Actes authentiques, ceux des victimes aristocratiques de la persécution de Domitien, Clemens, Domitille, Acilius Glabrio Ÿ, celui d'un autre consul, Liberalis, dont une inscription, aujourd’hui perdue elle-même, mais copiée au septième siècle par un pèlerin, atteste à la fois la qualité et le martyre 6. De telles omissions font comprendre la rapidité avec laquelle s’effaçait la trace de ceux-là même des martyrs dont la mort dut faire le plus de bruit et frapper le plus l'attention des contemporains 7; et l’on com-

4. De Rossi-Duchesne, Martyrologium hieronymianum, extrait du tome II des Acta Sanctorum de novembre.

2, Martyrologium hieronymianum, p. L, Li; Duchesne, les Sources du martyrologe hiéronymien, p. 17, 23, 30, 33; De Rossi, Bullettino di archeologia cristianu, 1888-1889, p. 32-39.

3, Kalendarium romanum : Depositio episcoporum, depositio martyrum, dans Ruinart, p. 692-693. :

4. Saint Irénée, Adv. Haeres., 11, 84. Cf. Eusèbe, Hist. eccl., V, G

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